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Week Nineteen

 

 1.  Episode 19 Le Donjon de Naheulbek

 

 2.  Les Rimaquoi : Marivaux, L'École des mères

 

 3  Jean Renoir : Second Extract : La grande illusion

 

  4. Transcription exercise : Magazine de culture

 

 

  1 Episode 19 Le Donjon de Naheulbek

 

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<Ambiant : wheel of pain>

Voix off            : Nos aventuriers traversent un village miteux, peuplé de villageois susceptibles. A la suite d'une altercation, ils prennent la fuite pendant quelques kilomètres, avant de dresser un bivouac au pied d'un rocher. Ils passent une nuit pénible au milieu des moustiques et des coyotes, et repartent au lever du jour à travers les plaines.

<transition : 20 km>

<ambiant vent>

<deplacement troupe>

Elfe     : (mélodie pourrie) naaaa naaa naananana naaaanananaaaa

Ranger            : (soupir) c'est vraiment pénible quand tu chantes

Barbare            : ouais !

Elfe     : (mélodie pourrie) naaaa naaa naananana naaaanananaaaa

Nain   : si j'étais pas aussi crevé, je t'aurai cousu la bouche

Mago  : je pense qu'il existe un sort pour régler ce genre de problème

<bruit de pages>

Elfe     : (mélodie s'arrête) bah... il faut bien que quelqu'un chante puisque le ménestrel est mort !

Ranger            : on peut très bien voyager sans chanter !

Nain   : on peut très bien voyager sans chanter !

Elfe     : (boude) mais moi je m'ennuie !

Barbare            : moi aussi

Ogre   : holala....

Mago  : mais tout le monde s'ennuie !

Ranger            : mais non pas du tout ! Je suis très occupé à gratter mes boutons de moustiques !

Mago  : on aurait du dormir en ville !

Nain   : (loin) tout ça c'est à cause de cette pourriture d'aubergiste !

Ranger            : mais t'étais pas obligé de lui dire que sa bière sentait la sueur

Nain   : (loin) haaa....

Mago  : et tu n'avais pas besoin de lui mettre un coup de hache dans la jambe

Elfe     : et c'était pas la peine de démolir son mobilier

Nain   : (loin) tout ça, c'est des détails !

Mago  : et si je n'avais pas jeté un sort d'entrave sur les gardes, on serait en prison !

Barbare             : on aurait pu se battre !

Nain   : ouais, vous êtes des tafioles

Ranger            : pfffffffff....

Ogre   : kazda hol !

Mago  : quoi ?

Ogre   : kazda hol !

Mago  : ha, mais c'est vrai ! Regardez, l'ogre a vu une maison !

Elfe     : mais ça fait longtemps que je l'ai vu !

Ranger            : mais pourquoi t'as rien dit ?

Elfe     : vous ne m'avez rien demandé...

<loose>

Nain   : (ensemble) hooo

Ranger            : (ensemble) hoooo

Mago  : (ensemble) hoooo

Elfe     : ben quoi ?

Mago  : rien, rien.... ça va

Elfe     : (fière) d'ailleurs, ce n'est pas une maison !

Barbare            : ça ressemble vachement à une maison quand c'est loin

Elfe     : vous oubliez que ma vision est nettement... (coupée)

Nain   : (ensemble) on sait...

Ranger            : (ensemble) ça va ! Bon alors qu'est-ce que c'est ?

Elfe     : on dirait... un truc pour mettre les gens quand ils sont morts

<ambiant>

Ranger            : une crypte ?

Mago  : un mausolée ?

Nain   : (loin) un volcan ?

Ranger            : ça pourrait être bien d'y faire une petite pause

Barbare            : je ne suis pas fatigué moi...

Nain   : on pourrait voir si y'a pas des trésors en même temps

Mago  : bonne idée !

Ranger            : allons-y !

<transition>

Nain   : bon, bah ça doit être la porte d'entrée...

Mago  : regardez cette inscription !

Ranger            : j'y comprends que dalle

Elfe     : on dirait des dessins !

<Pages du livre>

Mago  : ce sont des hiéroglyphes mortuaires de Moriaquie

Nain   : et je parie que tu vas encore trouver l'explication dans un livre !

Mago  : voilà ! je vais pouvoir le traduire !

Elfe     : c'est un peu inquiétant toutes ces sculptures

Barbare            : c'est moche

Ranger            : on dirait le résultat d'un concours d'invocation de monstres

Mago  : alors écoutez ça : ci-git Archein Von Drekkenov, prince de Moriaquie, chevalier de l'ordre de la Wyverne

Nain   : encore un bourgeois pourri !

Barbare             : il était sûrement riche...

Nain   : ha ouais ! T'as raison, entrons !

<déplacement nain>

Ranger            : hey ! Mais, attend, il faut vérifier si....

<déclenche porte>

Mago  : trop tard

<ouverture de porte>

Nain   : alors, vous venez ?

<déplacement groupe>

<musique inquiétante>

Elfe     : un escalier descend dans les profondeurs obscures

Nain   : (statisfait) exc-el-lent !

Barbare            : il faudrait une torche

Ranger            : moi j'en ai pas

Elfe     : moi non plus

Ogre   : glok

Mago  : bah moi non plus

Nain   : (loin) ha, c'est malin ça !

Mago  : bon c'est pas grave, je vais allumer mon baton : sh'ta imiss anzzerrrr

<bruit magique>

Elfe     : quelle magnifique lumière bleue !

Ranger            : dis donc c'est pratique ça, pourquoi tu l'as pas fait plus tôt ?

Mago  : je n'avais pas le niveau...

<descente escalier>

Barbare            : il faut descendre

Ogre   : znivo takala ashim'tar !

Mago  : il dit que ça ne sent pas pareil que dans un caveau normal

Ranger            : il vaut mieux se méfier.... ça m'étonnerait qu'on enterre un type normal dans un endroit aussi perdu

Barbare            : les morts c'est pas dangereux

Nain   : bah ça dépend, des fois ils sont vivants

Mago  : (apparté) qu'est-ce qu'il faut pas entendre...

Elfe     : on arrive en bas, et y'a une porte

Ranger            : c'est marrant, mais ça ressemble à un donjon

Barbare            : mais non...

Mago  : il faudrait faire une détection des pièges

Elfe     : mais y'a plus de voleur dans ce groupe !

Nain   : ouais, il a pris la porte, hahaha

Barbare            : ha ha

Mago  : hahaha

Ranger            : ha, ce que t'es abruti

Elfe     : vraiment c'est d'un mauvais goût...

Mago  : bon alors, qui va ouvrir ?

<bruit de porte>

<ouverture porte>

<musique horreur>

Mago  : <ensemble> haaaa !

Elfe     : <ensemble> haaaa !

Nain   : <ensemble> haaaa !

Ranger            : <ensemble> haaaa !

Archein            : bonsoirrr, je vous attendais....

Barbare            : salut !

Ranger            : (agacé) he ben, vous auriez pu frapper vous nous avez foutu la trouille !

Archein            : (accent transylvanien) je frappe rarement pour ouvrir mon propre porte

Mago  : on ne s'attendait pas à trouver quelqu'un de vivant dans une crypte

Nain   : (satisfait) moi j'vous l'avais dit !

Ogre   : golo

Archein            : ce n'est pas une crypte, c'est un chateau

Ranger            : heuuuu

Nain   : mais normalement un chateau ça dépasse du sol ??

Elfe     : alors, qu'est-ce que vous faites ici ?

Archein            : c'est ma demeurrre.... et vous êtes... mes invités

Mago  : et donc, vous êtes...

Archein            : Archein Von Drekkenov, prince de Moriaquie, (ensemble) chevalier de l'ordre de la Wyverne

Mago  : (ensemble) chevalier de l'ordre de la Wyverne

Nain   : (ensemble) gnagnagnagna...

Ranger            : enchanté, nous sommes la compagnie de heuu... nous sommes une compagnie

Nain   : hahemm

Mago  : voilà !

Barbare            : moi j'comprends rien...

Archein            : peu imporrrte, suivez-moi

<mouvement de cape>

Ranger            : (bas) pourquoi il bouge sa cape comme ça ?

Mago  : je pense que ça lui donne un genre...

Barbare            : alors, qu'est-ce qu'on fait ?

Nain   : eh ben, on le suit !

<deplacement ON sans bruit de pas>

Mago  : ici, ça doit être le vestibule

Elfe     : vous avez vu, il y a de la moquette partout

Mago  : effectivement, c'est la première fois que je vois ça dans une crypte

Nain   : (loin) il a dit que c'était un chateau !

Ranger            : hum, c'est agréable de marcher là-dessus

Nain   : (loin) j't'en foutrai moi du chateau...

Archein            : (loin + reverb) vous appréciez mon ameublement ?

Ranger            : oui, surtout la moquette !

Elfe     : sinon, le reste est plutôt quelconque

Archein            : (loin) vous dites ?

Ranger            : non non, rien du tout !

Mago  : ha, nous voici dans un salon

Barbare            : y'a des bougies partout

Ogre   : akoul djinglebelh

Mago  : il dit que ça fait noel

<deplacement OFF>

Archein            : voilà, c'est ici que vous pourrez venir discuter... après dîner

Nain   : (loin) après dîner ?

Ranger            : comment ça, après dîner ?

Archein            : et bien... (coupe)

Mago  : vous savez, on ne pensait pas rester longtemps

Archein            : mais moi, j'ai compris que vous vouliez dormir ici....

Ranger            : (ensemble) ha heuu... Mais non....

Nain   : (ensemble) bah....

Barbare            : (ensemble) heuuu....

Archein            : je sais être très persuasif vous savez....

Nain   : (loin) j'aimerai bien voir ça !

Ranger            : ha non ! Nous devons reprendre la route !

Mago  : c'est définitif !

Barbare            : (ensemble) ouais

Ogre   : (ensemble) golo !

<musique hypnose>

Archein            : VOUS ALLEZ DORRRMIRRR ICI !

Mago  : (ensemble) nous allons dormir ici

Nain   : (ensemble) nous allons dormir ici

Elfe     : (ensemble) nous allons dormir ici

Ranger            : (ensemble) nous allons dormir ici

Barbare            : (ensemble) nous allons dormir ici

Ogre   : glok ??

Archein            : c'est bien, continuons la visite

<mouvement de cape>

<deplacement ON>

Elfe     : qu'est-ce qu'il a dit juste avant ?

Mago  : j'en ai aucune idée....

Ranger            : j'ai une impression bizarre

Archein            : (loin + reverb) ici c'est la galerie de tableaux de mes ancêtres

Nain   : putain, les gueules d'endives !

Mago  : chuut !

<deplacement OFF>

Archein            : maitrrre nain, que disiez-vous ?

Nain   : he ben heuuu (coupe)

Ranger            : notre ami a très faim et il aimerait manger des endives

Mago  : des endives au jambon

Archein            : je vois... malheureusement nous n'avons pas souvent de légumes à notre menu

Elfe     : hooooo, c'est dommage !

Archein            : nous sommes plutôt carnivores...

Barbare            : c'est cool !

Ogre   : huh huh kopainnng !

Nain   : ouais, du moment qu'il y a du pinard...

Archein            : je ne bois jamais... de vin....

<musique dracula>

Nain   : ha !

Archein            : maintenant suivez-moi !

<mouvement de cape>

Archein            : (loin + reverb) ha ha ha ha haaaaaaaaaaa....

Mago  : il se déplace drôlement vite

<deplacement ON>

Nain   : c'est normal, t'as vu la taille de son appartement ?!

Elfe     : ce couloir est immense !

Ranger            : heu... au fait, c'est où la Moriaquie ?

<deplacement OFF>

Barbare            : moi ça me rappelle un truc...

Mago  : et oui, c'est un des premiers royaumes du deuxième âge, né des invasions barbares et qui a disparu depuis 500 ans

Nain   : les barbares Moriacs !

Mago  : exactement !

<nain se déplace>

Ranger            : mais il est prince de quoi, si le royaume a disparu ??

Nain   : (loin) de mes fesses !

Mago  : je pense tout simplement que... cet homme est âgé de plus de 500 ans !

<musique tragique>

Ranger            : mais comment est-ce possible ??

Elfe     : ben oui, ça devrait être un elfe ?

<suspense>

Mago  : il n'y a qu'une seule explication...

Archein            : alors ???

<musique horreur>

Mago  : <ensemble> haaaa !

Elfe     : <ensemble> haaaa !

Nain   : <ensemble> haaaa !

Ranger            : <ensemble> haaaa !

Archein            : vous êtes perdus ?

Ranger            : (apeuré) heuu... non, on parlait de la décoration

Archein            : ne perdez pas de temps, venez !

<mouvement de cape>

<deplacement ON>

Nain   : comment il fait pour apparaître comme ça ?

Mago  : je crois que j'ai compris : c'est un vampire !

Ranger            : un vampire ?

Nain   : un vampire ?

Elfe     :  un vampire ?

Barbare            : Hein ?

Mago  : mais taisez-vous !! Il ne doit pas savoir qu'on sait !

Ranger            : mais qu'est-ce qu'il nous veut ?

Mago  : il attendra qu'on dorme pour venir boire notre sang !

Elfe     : beehhh ! c'est ignoble !

Nain   : ah merde, faut qu'on se tire d'ici !

Mago  : c'est impossible, il nous surveille !

Ranger            : mais alors qu'est-ce qu'on va faire ?

Mago  : heuu... faudra improviser !

Barbare : d'accord...

<deplacement OFF>

Archein            : vous voilà... je vous laisse découvrir tous mes objets...

Elfe     : ça alors !

Ranger            : vous avez fabriqué toutes ces choses ?

Archein            : et oui... comme je ne sors pas beaucoup, je bricole....

Elfe     : et c'est quoi ça ?

Archein            : un genre de jeu avec des cases noires et blanches, et on bouge des rois et des soldats dessus

Nain   : j'ai jamais entendu parler de ça !

Archein            : c'est norrrmal, je viens juste de l'inventer

Ranger            : (loin) ha ha, mais qui aurait envie de jouer à ça ??

Mago  : et ce machin, là, c'est quoi ?

Archein            : ha, celui-là, c'est un vieux... c'est une table avec des trous dans les coins, et on pousse des boules colorées avec un baton

Elfe     : c'est original

Ogre   : glok

Ranger            : mais y'a des dizaines de... trucs ici, qu'est-ce que vous allez en faire ?

Archein            : rien du tout... c'est juste pour m'occuper.. que... que faites-vous ?

<dégaine>

<musique bataille>

Barbare             : yaaaaaaaahhh !!!

<coup + tranche>

Archein            : arghhhhhhhhh !

Ranger            : (ensemble) hey !!

Mago  : (ensemble) attention !

<coup + tranche>

<fin musique bataille>

Archein            : (blessé) ahhh arghhhhhhh je souffre !

Ranger            : Bien joué !

Nain   : ouais tu l'as eu !!!

Barbare            : j'ai improvisé !

<clap clap>

Mago  : (ensemble) ouais, mais bon heuu....

Archein            : (blessé) Arghhhh ahhh je souffre !

Ogre   : (ensemble) huh huh huh

Nain   : tiens, hey, un petit coup de hache pour la route !

<coup + tranche>

Archein            : ARghhhhhhhh ! ARhhahhhhh !!

Mago  : tiens, c'est bizarre je pensais qu'il se défendrait un peu

Archein            : (loin) ARghhhhhhhh ! aghhh... je souffrrrrre.....

Elfe     : il n'a pas l'air bien dangereux finalement

Barbare            : ouais

Ranger            : tiens, je vais lui mettre un coup d'épée aussi

<coup + tranche>

Archein            : ARghhhhhhhh ! Arrrrêtez !!!

Ranger            : meurt donc, créature infernale !

Archein            : bande d'abrutis ! Je suis le vampire hemophile ! La moindre blessure entraine ma mort !

Mago  : il va perdre tout son sang

Nain   : tant mieux ! Comme ça tu ne pourras pas nous dévorer !

Archein            : (agonisant) mais... je n'ai jamais.... arghhhh........ grrkjjfffhhh

<s'affale>

Ranger            : bon voilà, c'est fini !

Elfe     : c'est un peu violent comme méthode

Barbare            : j'aime pas qu'on boive mon sang

Mago  : attendez... ça me rappelle quelque chose maintenant cette histoire de vampire hémophile...

<Pages du livre>

Nain   : (loin) mais arrête avec tes bouquins !

Ranger            : c'est quoi, y'a un trésor ?

Mago  : ha voilà : l'oubliette du vampire hémophile ! C'est dans le livre des légendes de la terre de Fangh

Nain   : bon alors, il est où son trésor !?

Mago  : bah heuu... ils disent que c'est un mort-vivant sympa, qui offre l'hébergement aux voyageurs égarés

Ogre   : huk ?

Elfe     : et alors, à quel moment il boit leur sang ?

Nain   : ha ouais parce que ça c'est pas très sympa !

Mago  : et bien... hahem... justement, ils disent qu'il n'a jamais mordu personne...

Ranger            : quoi ?

Elfe     : hein ?

Mago  : il se nourrit de sang de coyote !

Nain   : ça explique beaucoup de choses concernant son haleine !

Ranger            : et merde alors, on a encore tout faux !

Elfe     : et toi tu... tu as encore tué un innocent !

Barbare             : hoooo, hey, moi j'improvise....

Ranger            : rhaa mais tu pouvais pas nous le dire avant ??!

Mago  : bah je ne suis pas forcée de connaître tous mes livres par coeur !

Nain   : en tout cas on a pourri la moquette

Barbare            : qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

Nain   : on va chercher des richesses ! he heh eeeeeeeee

<djingle de fin>

 

 

 2.  Les Rimaquoi : Marivaux, L'École des mères

I continue to love these little extracts from the French classical theatre, and if you have access to a decent University Library for the texts - well, they make excellent listening exercises.

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Scène VI : Angélique, Lisette.

 

LISETTE survient : Eh bien, Mademoiselle, à quoi en êtes-vous?

 

ANGÉLIQUE : J'en suis à m'affliger.

 

LISETTE : Qu'avez-vous dit à votre mère?

 

ANGÉLIQUE : Eh! tout ce qu'elle a voulu.

 

LISETTE : Vous épouserez donc Monsieur Damis?

 

ANGÉLIQUE : Ah non. c'est bien assez qu'il m'épouse.

 

LISETTE : Oui; mais vous n'en serez pas moins sa femme.

 

ANGÉLIQUE : Eh bien, ma mère n'a qu'à l'aimer pour nous deux; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Éraste.

 

LISETTE : Il le mérite bien.

 

ANGÉLIQUE : Oh! pour cela, oui. C'est lui qui est aimable, qui est complaisant, et non pas ce Monsieur Damis que ma mère a été prendre je ne sais où, qui ferait bien mieux d'être mon grand-père que mon mari. Et ce que me dit Éraste est si touchant! on voit que c'est du fond du coeur qu'il parle. Ma mère dit qu'on est obligé d'aimer son mari; eh bien! qu'on me donne Éraste; je l'aimerai tant qu'on voudra ; cela me sera bien commode.

 

LISETTE : Mais avec ces sentiments-là, que ne refusez-vous courageusement Damis? Il est encore temps. Vous êtes d'une vitalité étonnante avec moi, et vous tremblez devant votre mère. Il faudrait lui dire ce soir : « Cet homme-là est trop vieux pour moi; je ne l'aime point, je le hais, je le haïrai. »

 

ANGÉLIQUE : Mais quand ma mère me parle, je n'ai plus d'esprit; en vérité, si je n'avais pas le coeur bon, tiens, je crois que je haïrais ma mère.

 

LISETTE : Je haïrais ma mère...

 

 ANGÉLIQUE : Je haïrais ma mère d'être cause que j'ai des émo­tions pour des choses dont je suis sûre que je ne me sou­cierais pas si je les avais.

 

LISETTE : Mais parlons d'autre chose. Vous aimez Éraste?

 

ANGÉLIQUE : Je l'aime beaucoup, et je ne puis me résoudre à le perdre.

 

LISETTE : Prenez donc une bonne résolution de n'être pas à un autre. Il y a ici une lettre à vous rendre de sa part.

 

ANGÉLIQUE, charmée : Une lettre de sa part ? Où est-elle ? Oh! que j'aurai de plaisir à la lire!

 

LA DOMESTIQUE : J'ai déjà entendu ça quelque part...

 

 

  3  Jean Renoir : Second Extract : La grande illusion

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RAUFFENSTEIN. Puisque tu baptises cette  espèce de purin du nom de café..., je me résigne... Ça me réchauffera les boyaux.

L'ORDONNANCE. Aux ordres de Monsieur le Commandant.

L'ordonnance s'éloigne puis revient et, tout en versant une nouvelle tasse au commandant, lui tend un dossier. Rauffenstein prend le dossier et le lit en buvant, alors qu'on frappe à la porte.

Flash extérieur chambre : un soldat allemand attend devant la porte qui s'ouvre.

 

L'ORDONNANCE. Qu'est-ce que c'est?

 

LE SOLDAT. Les nouveaux sont là!

Retour bureau : l'ordonnance laisse la porte entrouverte et va à Rauffenstein.

 

L'ORDONNANCE, claquant les talons. Les nouveaux prisonniers sont dans votre bureau.

BUREAU DU COMMANDANT

Au milieu de la pièce se trouvent Maréchal, de Bœldieu et un autre militaire français, le lieutenant Demolder. Tous trois ont les yeux fixés vers la porte entrouverte. Panoramique suivant leur regard : par la porte entre­bâillée, on distingue Rauffenstein qui se lève; son ordon­nance s'affaire auprès de lui et arrange sa mise alors que lui, avec un vaporisateur, se parfume. Enfin, Rauffenstein prend son sabre, ses gants, puis, le rapport qu'il vient de lire et s'avance dans le bureau. Il va directement à Bœldieu et s'incline devant lui (le dialogue redevient français).

 

RAUFFENSTEIN. Enchanté de vous revoir... (Bœldieu fait le salut militaire..., puis comme Rauffenstein lui tend la main, il la serre.) Je suis désolé de vous revoir ici.

 

BŒLDIEU. Nous aussi

 

MARÉCHAL, marmonnant. Un peu, oui!

 

        Rauffenstein a un regard vers Maréchal, puis à tous trois.

 

       RAUFFENSTEIN. Voulez-vous prendre place.

 

    MARÉCHAL. Non, merci, mon Commandant.

    RAUFFENSTEIN. A votre aise.

 

Rauffenstein, très raide, va alors à son bureau s'assoit, et ouvre le dossier qu'il va lire à haute voix (contreplongée sur lui en plan rapproché).

 

RAUFFENSTEIN. Capitaine de Bœldieu, quatre tentatives d'évasion : par le calorifère, dans un tombereau d'or­dures, dans l'égout, dans une corbeille à linge.

 

BOELDiEu, plan sur lui, souriant. Il y a des circonstances où il faut se faire tout petit.

 

Série de contrechamps suivant celui qui parle.

 

RAUFFENSTEIN, esquissant un sourire. Je comprends... (Revenant à son dossier.) Lieutenant Maréchal, cinq tentatives d'évasion : déguisé en ramoneur...

 

MARÉCHAL. Pardon, mon Commandant, en entrepreneur de fumisterie.

 

RAUFFENSTEIN, continuant. ...Déguisé en soldat allemand, déguisé en femme... C'est drôle! (Esquissant une moue ironique.) Très drôle!...

 

MARÉCHAL. Oui, mais ce qui est beaucoup moins drôle , mon Commandant, c'est qu'un sous-officier m'a réelle­ment pris pour une femme... et je n'aime pas du tout ça!

 

RAUFFENSTEIN, ironique. Vraiment?

 MARÉCHAL. Ah! ça, je vous l'assure!

 RAUFFENSTEIN. Lieutenant Demolder, trois tentatives...

 Rauffenstein se lève (plan d'ensemble du bureau) et marche devant les trois hommes tout en parlant et en fumant.

 

RAUFFENSTEIN. Messieurs, je rends hommage à votre courage patriotique, mais ici la situation est complètement changée. Personne ne s'échappera de cette forteresse. Vous comprenez...

 

Les trois officiers font un oui de tête. Rauffenstein va s'asseoir, face à eux, sur le rebord de son bureau.

 

RAUFFENSTEIN. Pour que l'on n'accuse pas la barbarie allemande, j'ai décidé d'appliquer le règlement français. (Il prend des fascicules sur son bureau et les tend à chacun.) Voici un exemplaire : c'est une bonne lecture en attendant le sommeil. Et maintenant, Messieurs, je vous prie de me faire le plaisir de m'accompagner. (Il se redresse et appelle son ordonnance.) Oswald.

 

L'ORDONNANCE, Off.  Zu Befehl, Herr Major!

 

RAUFFENSTEIN. Mantel  

L'ordonnance se précipite, passe une cape au commandant, un manchon et...

 

Enchaîné.

FORTERESSE / DIVERS LIEUX

Le commandant sort, suivi des trois officiers français qui vont, sous sa conduite, visiter la forteresse. La petite troupe traverse des cours et des couloirs souvent occupés par des soldats en surveillance, armés. Ils croisent même des soldats promenant des chiens policiers tenus en laisse, puis des jeunes recrues faisant des exercices. Nombreux plans de ceux-ci montant ou descendant des escaliers. Ils arrivent enfin dans une cour intérieure où aboutit un chemin de ronde; des mitrailleuses sont sur pieds; des hommes présentent les armes.

 

RAUFFENSTEIN. Mes hommes ne sont pas jeunes, mais ça les amuse de jouer aux soldats.

 

On entend divers commandements off en allemand. Le groupe descend un escalier, puis s'arrête devant d'autres soldats près de mitrailleuses et de canons. Ils sont au garde-à-vous.

 

RAUFFENSTEIN, montrant les canons. J'en ai vingt-cinq comme ça.

BŒLDIEU. Hum! Hum!

 

RAUFFENSTEIN. Je suppose que vous connaissez le modèle de mitrailleuse Maxim... Excellentes.

MARÉCHAL, mimant. Très bien, mon Commandant. Per­sonnellement, je préfère le restaurant...

 BŒLDIEU, pincé. Une pierre dans mon jardin.

Tous sourient... et continuent leur marche. Plata rappro­ché sur Bœldieu et Rauffenstein marchant côte à côte.

 

RAUFFENSTEIN, en anglais, pour Bœldieu seul. J'ai connu une jolie fille de chez Maxim's... en 1913. Elle s'appelait Fifi.

 

BŒLDIEU, en anglais. Je l'ai connue aussi.

 

 

     4. Transcription exercise : Magazine de culture

 

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