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Week Seven

 

Let's recapitulate a bit. The objective is to teach the brain to recognise spoken French. We know what the words look like on paper - that's how we learn. Unfortunately it's not as simple as learning the sound of each word separately. Even within the accent standardisé there is enormous variation of pronunciation, and, of course, there is no white space between spoken words - they run into each other. Particularly in French.

So we use the texts to understand what the extract is about, then we listen to it. However, it's no good painfully reading one word at a time. We have to learn to read - and understand - as quickly as possible. That's why I recommend reading the text at the same speed as the orginal. Needless to say, vocabulary comes into this. If you don't know what the words mean, you won'tunderstand the extract - written or spoken.

I'm making the point that this is as much about learning to read as it is about learning to listen. I recently came across a book which may help: Lecture Rapide de F. Richaudeau, 1987. If you can't find this book, there are plenty of other French-language books on speed-reading. We can use them, because, although intended for a French readership, they help not only good readers, but those who have reading difficulties - slow readers -  which is us.

I suggest that when you read Le Monde (a boring newspaper, but indispensable), you need to get to the point where you can read an item with little effort. There will always be some vocabulary to chase up, but unknown words and expressions need to be sufficiently rare not to impede comprehension. The next stage is to speed up your reading, and M Richaudeau is a fund of good ideas.

This is something to do with assimilating written French, not as individual words, but whole expressions, phrases and sentences. All very relevant to oral comprehension.

 

On we go.

 

1.  Here is France Culture. Chronique européenne of  21/7/06

2.  Another wonderful tale from Martin Winckler, Le remplaçant.

3.  Now Part VII of Le donjon de Naheulbek

4. The comedy spot! La Maison Periglioni

5. Finally, an extract from the wonderfully stylish vaudeville de Feydeau, La main passe.

 

 

1.  France Culture, Chronique européenne 21/07/06

Listen to it here.

 

 

La revue de presse européenne

7h35 : cécile de kervasdoué

 

Liban: l'abandon!

Bonjour,

Beyrouth en flamme le drapeau du cèdre déchiré et au

milieu des décombres un libanais tient un téléphone qui

lance : " merci de votre appel... la communauté

internationale est momentanément indisponible... prière

de rappeler après les congés d'été!"

Ce dessin de l'International Herald Tribune résume assez

bien la teneur des analyses que l'on peut lire ce matin

dans la presse européenne

"Liban: l'abandon!" titre le Temps en suisse... «

L’image résume le calvaire du sud Liban... A Tyr hier

matin le ferry affrété par les nations unies pour

évacuer leurs employés et plusieurs ressortissants

étrangers tandis que des missiles israéliens explosent

sur les collines... pour les libanais voici autant de

pièces à conviction que ce pilonnage est destiné à

casser un pays et non à briser une milice fanatique

inféodée à Téhéran... Face à cela la communauté

internationale feint de s'émouvoir..... L'ONU utilise

les casques bleu censés surveiller le cessez le feu pour

encadrer honteusement l'exode alors que les grandes

puissances rivalisent de moyens pour évacuer leurs

ressortissants... et de conclure, on voit mal maintenant

pourquoi le duel ne se poursuivrait pas... le Hezbollah

qui surfe sur les souffrances des populations y a tout

intérêt et Israël a besoin de se persuader une fois

encore que ses bombes sont la seule garantie de son

avenir! »

« Les machinations extrémistes de la syrien de l'Iran du

Hamas et du Hezbollah sont certainement à blâmer » écrit

le der Spiegel en Allemagne...mais c'est surtout

l'administration Bush qui est responsable de cette

guerre ...

les américains sont peut être partis d'un bon

sentiment... celui d'imposer la démocratie occidentale

dans cette région en profitant du changement de régime

irakien... mais la méthode radicale employée n'a fait

qu'embraser toutes les formes d'oppositions et toutes

les tensions sectaires de cette zone... car il est

impossible... écrit l'éditorialiste allemand...

d'imposer la démocratie et le libéralisme par la

force...

Et dans cet échec diplomatique américain retentissant...

la Grande Bretagne a également sa part de responsabilité

s'insurgent de nombreux analystes de la presse

britannique

« Le silence choquant du 10 downing street » titre le

Times... Pourquoi Monsieur Blair n'a t il pas condamné

la réaction disproportionnée d'Israël... comme de

nombreux citoyens britanniques comme de nombreux

israéliens aussi et comme de nombreux autres européens

... les chiffres parlent d'eux même... hier on comptait

327 civils tués au Liban et 34 en Israël... sans oublier

qu'à Gaza depuis trois semaines le nombre de morts

palestiniens a dépassé la centaine... le danger est que

cette situation au sud Liban et à Gaza ne devienne un

autre Irak poussant les populations en masse vers les

groupe extrémistes... et plaçant alors Israël dans une

position encore plus dangereuse... Monsieur Blair

devrait le savoir et profiter de sa position pour mieux

conseiller les israéliens au lieu de se cacher une fois

encore derrière le prétexte de la guerre contre le

terrorisme menée par les Etats Unis...

« C’est que Tony Blair est plus que jamais à la fin de

son règne » analyse le Guardian... et c'est même tout le

parti travailliste qui semble couler sous le poids de

l'ombre de la guerre en Irak... c'est ainsi qu'il faut

comprendre le silence honteux de notre gouvernement...

il attend désespérément les vacances la semaine

prochaine et en attendant fait le gros dos... car de

toute façon il est trop tard maintenant pour se

démarquer de la politique américaine... l'échec de cette

guerre irakienne a bel et bien paralysé

psychologiquement notre pays... les historiens ne s'y

tromperont pas lorsqu'ils tenteront de caractériser la

fin de l'ère Blair... il y verront de la lâcheté... une

lâcheté qui se cache derrière la mondialisation comme

une excuse divine face à l'inertie de toute notre classe

politique… et de conclure... où sont passés les grands

hommes capables de prendre des décisions et de lancer

des actions courageuses et fermes?

Il y a Rodriguez Zapatero ! semble répondre el Pais qui

salue le geste du chef de gouvernement espagnol hier qui

en communion avec la majorité des espagnols a dénoncé la

réaction disproportionnée des frappes israéliennes tout

en condamnant les actes du Hamas et du Hezbollah et en

appelant à une solution diplomatique... seulement cette

position a provoqué la colère de l'ambassadeur d'Israël

dans le pays... colère reprise par l'opposition de

droite... qui accuse Zapatero d'antisémitisme... d’où la

même colère ce matin de l'éditorialiste del Pais...

critiquer la politique du gouvernement israélien ne veut

pas dire être antisémite... une telle position est même

insultante pour de nombreux israéliens qui ne

soutiennent pas cette guerre...

Bien sûr l'image de notre chef de gouvernement portant

le foulard traditionnel palestinien est peut être un peu

trop forte commente la Vanguardia... mais attention de

ne pas tout instrumentaliser... la stratégie est trop

facile... pour une fois qu'un chef d'état tente de faire

le tri dans le fouillis des positions internationales,

laissons le faire !

mais Zapatero ne va faire qu'isoler un peu plus

l'Espagne sur la scène internationale considère au

contraire le quotidien conservateur ABC d'autant que

finalement il ne fait que lancer des mots comme tous les

autres dirigeants !

Or ce qu'il faut ce sont des actions conclut la Tribune

de Genève... et il est un pas que la suisse devrait

franchir ... dénoncer la coopération militaire avec

Israël... Berne peut se mordre les doigts d'avoir

rétabli en 2005 les échanges d'armement avec

Jérusalem... Voilà qui donne le sentiment que la

politique extérieure de la suisse est prise en otage par

des considérations économiques... mais acquérir ou

vendre du matériel militaire signifie également établir

un rapport politique avec l'état d'ou vient et ou va le

matériel... la suisse devrait savoir mieux s'en servir!

Cat il faut que quelqu’un ose dire et faire comprendre

que la guerre ne résout rien que les radicalismes non

plus et que les peuples sont condamnés à vivre

ensemble... le problème c'est que personne ne le fait

vraiment. déplore la Vanguardia... la communauté

internationale a des positions et des stratégies si

divergentes qu'elle se cantonne dans l'immobilisme et le

silence, certains prétextant que ce sont le Etats Unis

et eux seuls qui ont la main... mais l'Europe est pire

que tout dans cette affaire ... elle ne fait que

balbutier quelques mots à l'image des citoyens européens

fatigués de ce conflit et qui ne pensent de toute façon

qu'à une seule chose ... partir en vacances!


 

 

2.  Martin Winckler, Le remplaçant

Listen to it here.

 

Le remplaçant

Un conte à rêver debout de on-sait-pas-qui

There are pretenders among us

Le train était bondé, bien entendu. Un lendemain de week-end

prolongé, un de ces week-ends comme on les affectionne en France, et

qui tous les mois de mai mettent le pays en léthargie et mettent les

affaires courantes au point mort, en attendant l’été. C’est-à-dire

que tout cesse de fonctionner sauf le tourisme.

J’avais demandé : pourquoi ce jour là ?

- Parce qu’il y aura du monde, et sur un quai de gare personne ne

fera attention à vous, m’a-t-on répondu.

- C’est plus compliqué que ce que j’ai fait pour vous jusqu’ici.

- Vous pouvez dire non. Je ne vous ai encore donné aucune

indication.

Ecouter la chronique en ligne sur le site d’ArteRadio

- Ouais, mais j’ai besoin de ce boulot. Seulement je veux le double

du tarif habituel. Les deux tiers à la commande.

Mon correspondant a réfléchi, pas longtemps. J’étais le seul à

pouvoir faire ce boulot, et il le savait.

- C’est d’accord.

- Quand est-ce que je reçois les informations ?

- Elles partent sur le champ. Sur quel compte, le virement ?

- Je vous envoie le numéro par pigeon voyageur.

Il a ri, j’ai raccroché.

J’ai reçu les informations le lendemain, par la Poste. Comme je

n’avais que trois semaines devant moi, je m’y suis mis tout de

suite. Comme d’habitude, mon employeur avait bien fait les choses.

Tout le dossier tenait sur une clé USB. Images, son, textes et

documents scannés, toute la vie d’un homme en un peu moins de deux

giga-octets. Ce qui m’a facilité la tâche, ce sont évidemment les

textes autobiographiques que mon bonhomme avait écrits sur lui-même.

Même s’il n’avait pas raconté toute la vérité, ces textes là

représentaient sa vérité officielle, celle qu’il avait voulu donner

à connaître à tout le monde. Alors ces textes là, bien sûr, je les

ai mémorisés en priorité.

Ensuite, je suis passé aux interviews, aux articles et aux documents

personnels. Les courriers publics et privés, les e-mails collectifs

et les discussions en ligne officielles ou intimes. Il y avait

beaucoup de correspondance, la plupart avec des amis qui se

confiaient à lui. Et deux correspondances très intimes avec des

femmes qui ne vivaient pas avec lui. Ce type-là m’avait l’air en

bonne santé malgré son âge. Il avait dix ans de plus que moi, et je

ne voyais pas comment il se débrouillait pour assumer trois boulots,

jouer les époux et père de famille modèles et jongler avec deux

petites amies. Il en avait peut-être même une troisième sur le feu,

d’après ce que m’apprenait sa boîte à courriel.

Au bout d’une semaine, j’avais dessiné le profil de ce type. Médecin

depuis plus de 25 ans, écrivain depuis l’enfance, il s’était mis à

rencontrer le succès quelques années auparavant, avec un best-seller

dont j’oublie le titre. Il s’était marié deux fois, il avait fait

une tripotée d’enfants, publié une trentaine de bouquins, et il

avait une très grande gueule. On n’imagine pas combien la parole

d’un homme seul peut avoir de l’impact sur les consommateurs. Ses

textes et ses prises de position avaient fini par influer sur le

profil de vente de certains produits pharmaceutiques, par gêner

considérablement certains industriels. C’est pour ça que mon

employeur avait été contacté.

Il s’agissait pas de le faire taire, bien sûr, ça aurait été trop

gros, mais de l’amener à infléchir son discours dans la bonne

direction. On avait d’abord essayé de l’atteindre par

l’intermédiaire de ses petites amies, mais ça n’avait pas marché.

Aucune d’elles ne donnait prise aux manipulations. C’étaient des

femmes de caractère, pas des danseuses. Il n’avait pas non plus été

possible de l’acheter, et les menaces le laissaient froid. Il n’y

avait qu’un moyen de le neutraliser. C’est là que j’entrais en

scène.

Me faire sa tête n’a pas été très difficile. J’ai la même carrure

que lui, je savais qu’en trois semaines, avec le régime approprié,

je pouvais prendre les dix kilos qui me manquaient. Après, il me

suffisait de quelques injections de silicone aux endroits appropriés

du visage pour compléter l’illusion. De toute manière, je n’avais

pas besoin de pousser la ressemblance trop loin. Il suffisait qu’on

me prenne pour lui pendant quelques heures. Mon employeur avait été

très clair : pas question que je couche avec sa femme ou l’une de

ses maîtresses. Ça ne m’aurait pas déplu, mais je sais d’expérience

que les femmes repèrent tout de suite la substitution. On peut

imiter la voix et l’apparence d’un homme, on peut même à la rigueur

et à grands frais reproduire ses cicatrices et ses grains de beauté

les mieux placés, mais on ne peut imiter ni son odeur, ni la manière

qu’il a de tenir une femme ou de l’embrasser. Il n’était donc pas

question que je prenne le risque.

Mais le profil de mon bonhomme allait me permettre d’éviter ça.

Tiraillé entre ses activités multiples et ses femmes, il avait mis

au point toute une série de stratégies pour être constamment

introuvable. Le service de documentation de mon employeur m’en avait

dressé la liste. Il avait inventé une douzaine d’excuses, toutes

parfaitement crédibles, pour ne plus être joignable pendant quatre à

six heures. Il s’était d’ailleurs éclipsé à plusieurs reprises au

cours des semaines qui précédaient l’opération. J’ai d’abord cru

qu’il se tapait une nouvelle petite amie, mais non. D’après les

rapports de surveillance, il s’enfermait seul dans un appartement

sous-loué à l’ami d’un ami. Ce qu’il y faisait, impossible à dire.

Le moment choisi pour l’opération se situait pendant les derniers

jours de mai. Un lundi après-midi, il devait quitter son domicile,

monter dans un train pour Paris et prendre le métro jusqu’à

Issy-les-Moulineaux pour une séance de travail. Juste après, il

devait passer la soirée avec un groupe d’auteurs qui préparaient un

ouvrage collectif. Et le lendemain matin, aux aurores, il était

invité à s’exprimer devant la commission chargée de rédiger le code

d’éthique de l’industrie du médicament. C’est cette intervention qui

préoccupait les clients de mon employeur. Ils redoutaient beaucoup

la puissance de conviction du bonhomme sur les membres de la

commission.

Il me fallait opérer entre le moment où il monterait dans le train

et son arrivée à la commission d’éthique le lendemain matin. Pas

question d’opérer la substitution le soir, ses petites amies étaient

invitées à la soirée, elles allaient le tenir à l’œil, pendant et

après. Il ne serait pas non plus possible de l’approcher pendant ou

après la séance de travail de l’après-midi, quelqu’un devait venir

le chercher pour l’accompagner à cette même soirée. Il n’y avait

donc qu’une seule possibilité : opérer dans le train. Le voyage

durait un peu moins d’une heure, j’avais largement le temps.

Je l’ai repéré dès qu’il est arrivé sur le quai. Je l’ai observé

soigneusement, pour bien reproduire ses attitudes, sa façon de

déambuler de long en large en regardant le sol. Et puis quand il est

monté dans le train je l’ai suivi. Il monte toujours dans la

voiture-bar et s’installe à une table pour travailler. Sans attendre

qu’il ait sorti ses affaires de son sac, je lui ai demandé son

billet. Voyant que je portais un costume de contrôleur, il me l’a

tendu sans même prendre la peine de me dévisager. Je lui ai demandé

de me suivre dans la guérite de service et j’ai tourné les talons.

Surpris, il m’a suivi sans un mot. Je l’ai fait entrer, j’ai refermé

la porte derrière moi, et j’ai sorti la seringue de tranquillisant

en disant "désolé". Je l’ai vu sourire et me répondre "moi aussi",

et je l’ai vu braquer un pistolet automatique sur mon nombril. Nous

nous sommes regardés en silence.

Quand je suis descendu du train, je n’avais plus un poil de sec.

Tout compte fait, je m’en tirais bien. Pas du tout comme je l’avais

prévu, mais dans ce métier, il faut savoir improviser. Simplement,

je n’avais pas prévu que je devrais improviser autant. Et encore.

J’avais commencé par le plus simple.

J’ai pris le métro vers Mairie d’Issy pour me rendre à la séance de

travail, je suis entré dans l’immeuble, j’ai salué les personnes qui

attendaient, on m’avait montré leur photo, j’avais mémorisé leurs

noms, je savais pourquoi il... Enfin, pourquoi JE venais là. Ils

m’ont fait entrer, ils m’ont fait asseoir, et pendant que je

relisais le texte et que je rangeais mes feuilles, ils m’ont laissé

pour aller procéder aux derniers réglages, et ils ont refermé la

porte derrière eux en sortant.

Quand on incarne quelqu’un, l’essentiel, ce n’est pas le visage,

c’est la voix. C’est la voix qui dit ce que nous sommes, nos

sentiments, nos colères, nos amours, nos désespoirs. La voix, ça ne

trompe pas. Heureusement, c’est ce qu’il y a de plus facile pour

moi. J’ai commencé comme ça, par des imitations. Mon employeur m’a

repéré dans un cabaret. C’est toute une histoire, un jour il faudra

que je la raconte. Enfin, toujours est-il que la voix de mon

bonhomme ne m’a pas vraiment donné de fil à retordre. Je l’ai

beaucoup travaillée, grâce à toutes les émissions de radio qu’il a

enregistrées. Et grâce à notre petite confrontation cet après-midi,

j’ai pu vérifier que je l’ai parfaitement dans l’oreille. Quand la

voix fait illusion, tout le reste fait illusion aussi. On y croit,

les yeux fermés.

Je regarde la cabine et le micro. Le preneur de son me fait signe.

Voilà, c’est à moi de jouer.

 

 

3. Le Donjon de Naheulbeuk Part VII

 

Listen to it here.

 

 

<ambiant mystère on>

Elfe : Et bien, qu'est-ce qu'on attend pour avancer ?

Barbare : J'ai un caillou dans ma botte.

Aventurier : C'est pas le moment !

Ogre : Zoul grao.

Mago : Il dit qu'ils vont finir par casser la porte.

Nain : Faut pas rester là !

Barbare : Mais J'ai mal aux pieds !

Aventurier : Si tu continues à traîner on aura tous mal quelque part !

Elfe : Ils arrivent dans le magasin !

Voleur : Je suggère la fuite.

Aventurier : Courez !

Elfe, course : Aieee !

Nain, course : Attention à ma barbe !

Barbare : Stop !

<keskya sans barbare>

Barbare : Ca tourne à droite.

Aventurier : Et bien avance, on a pas le choix !

Barbare : OK.

Mago, course : Pas facile de faire le plan en courant.

Barbare : Stop !

<keskya sans barbare>

Barbare : Ca tourne encore à droite.

Nain : Et alors ? Avance !

Aventurier : Allez !

Barbare : Yaaa !

Elfe, course : Aiiiieeuh !

Ogre, course : Kal kal.

Mago, course : Un long couloir vers l'ouest.

Aventurier, course : Plus vite !

Nain, course : On va les s'mer.

Voleur : Allezzzz !

Mago, course : 20 mètres.

Barbare : Stop !

<keskya sans barbare>

Barbare : Ca tourne encore à droite !

Voleur : Ce n'est pas normal.

Aventurier : J'ai la situation en main, allez-y !

Mago : Attendez !

Nain : T'as un caillou dans ta godasse toi aussi ?

Elfe : On a pas le temps !

Mago : Non, j'ai une idée formidable !

Voleur : Tu vas encore feuilleter ton bouquin ?

Mago : On va piéger le couloir avec un sort.

Elfe : Excellent !

Ogre : Glok.

Aventurier : Dépêche-toi !

Mago : C'est une rune de protection de l'empire Koundar.

Nain : Plus vite !

Mago : Elle fut créée par le souverain pour garder son trésor.

Aventurier : Rooh mais c'est pas le moment de raconter ta vie !

Mago : Je l'ai ! Poussez-vous !

Elfe : Doucement !

Mago, echo : Afh zontar nahou skaom arhhhh !

Aventurier : Impressionnant !

Mago : Si les monstres passent par là, ils seront noyés dans un torrent de lave.

Nain : Allez, on se tire !

Barbare : Ouais !

Mago, course : Sept mètres au nord.

Barbare, course : A gauche !

Nain : A gauche !

Elfe, course : Aieeeee !

Voleur, course : Attention à ma cape !

Ogre, course : Goulak !

Aventurier, course : J'vois rien du tout !

Barbare : Stop !

<keskya sans barbare>

Nain : Attention merde !

Barbare : Droite ou gauche ?

Mago : C'est noté !

Aventurier : Dépêchez-vous, il faut choisir !

Elfe : Regardez, il y a un squelette par terre !

Voleur : En fait moi je pense...

Aventurier : Allez, à gauche !

Nain : mais on a pas choisi !

Aventurier : Courez !

Elfe, course : Holala !

Mago, course : Couloir au sud.

Barbare, course : Ca tourne à droite !

Nain, course : A droite !

Mago, course : Couloir à l'ouest.

Aventurier : J'aime pas ça !

Ogre, course : Akala miam miam.

Mago, course : C'est pas l'heure de manger !

Barbare : Stop !

Aventurier : Quoi encore ?!

Nain : Y'a encore trois directions.

Aventurier : Damned, c'est un labyrinthe.

Elfe : Nous allons tous crever.

Barbare : Mais non.

Mago : Pas de panique, j'ai la carte.

Voleur : Alors, où allons-nous ?

Mago : Attendez, j'ai un livre sur les donjons.

Nain : Mais qu'est-ce qu'on va faire avec un livre !

Elfe : Les livres contiennent la sagesse des Anciens.

Barbare : C'est long.

Mago : Voilà, je l'ai.

Aventurier : Alors ?

Mago : Dans un labyrinthe, il faut toujours tourner dans la même direction.

Nain : Mais c'est débile !

Barbare : C'est naze !

Aventurier : Mais non, ça permet de dessiner un plan.

Mago : Et toc !

Elfe : J'ai rien compris.

Voleur : Je vous rappelle qu'on est poursuivi.

Ogre : Golo.

Aventurier : Bon, prenez n'importe quelle direction !

Barbare : Alors, tout droit !

Mago : C'est noté.

Nain : Allez !

Elfe, course : Lâche mon sac à main !

Ogre, course : Huh huh !

Aventurier : Stop !

Aventurier : Vous entendez ça ?

Barbare : Ca tourne à gauche !

Nain : Une embuscade !

Elfe : Mais qu'est-ce que c'est ?

<cris gobelins>

Barbare : Des gobelins !

Nain : A morrrrt !

Ogre : Takala !

Elfe : Je ne peux même pas tirer à l'arc.

Voleur : Tant mieux.

Aventurier : Impossible de les aider, nous sommes coincés dans ce couloir.

Elfe : C'est encore le nabot et la brute qui vont récupérer l'expérience !

Mago : Je vais les aider.

Voleur : Laisse tomber.

Mago : Mon tourbillon est prêt.

Elfe : Arrête ça !

Mago, echo : Toga swala bud waaaazaaaaaaaa !

Aventurier : Nooooooooon !

<tourbillon + explosions + cris humains et gobelins>

<grosse explosion>

<chutes>

Mago : Aaaaaahhhhhhhh...

Elfe : Ouh ma tête !

Nain : J'ai l'impression d'avoir été piétiné par un troll.

Barbare : Keuff keuufff.

Ogre : Beuuhhh !

Aventurier : Quel merdier !

Voleur : Ma nouvelle cape est toute déchirée.

Nain : J'aimerais bien savoir qui a déclenché ce cataclysme.

( Elfe : C'est la Magicienne.

( voleur : C'est la Magicienne.

Aventurier : Bravo !

<clap clap>

Mago : Ah j'suis vraiment désolée.

Barbare : J'ai perdu mon casque.

Mago : Je pensais que ça touchait seulement les monstres.

Aventurier : La prochaine fois tu peux te renseigner avant ?

Elfe : Et où sont les gobelins ?

Nain : Je crois qu'ils sont un peu partout.

Aventurier : D'ailleurs, tu as une jambe sur la tête.

Barbare : Ouais.

Nain : Baaaahhhh.

Elfe : Je crois que je me sens mal.

Ogre : Miam miam talok.

Mago : Il dit qu'il va manger un bras.

Elfe : J'vais vomir...

<elfe vomit>

Nain : Ahalalala !

Voleur : Regardez, y'en a un qui bouge encore !

Gobelin : Zwavezeda !

Aventurier : Attrapez-le !

Barbare : J'te tiens, raclure !

Gobelin : Zwavezeda ! Zwavezeda !

Nain : Arrête de gueuler.

Gobelin : Zwavezeda ! Zwavezeda !

Aventurier : Mais qu'est-ce qu'il dit ?

Nain : Il dit qu'on est fou.

Voleur : Tu comprends cette langue ?

Nain : Evidemment, les gobelins sont mes pires ennemis.

Aventurier : Fais-le parler.

Barbare : Ouais !

Nain : Tu vas parler, oui ?!

Gobelin : Charabia gob.

Nain : Il dit qu'ça fait longtemps qu'il garde ce donjon.

Mago : Encore !

Gobelin : Charabia gob 2.

Nain : Il dit qu'il n'a jamais vu des tarés comme nous.

Barbare : Heuuuaaaaagh !

Aventurier : Est-ce qu'il sait où est la statuette ?

Nain : Charabia gob ?

Gobelin : Charabia gob 3.

Nain : Il dit qu'il n'en sait rien et qu'on aille se faire foutre.

Elfe : Ou ça ?

Nain : J'vais pas te faire un dessin.

Gobelin : Zwavezeda ! Zwavezeda !

Aventurier : C'est bon, relâche-le maintenant.

Nain : Han !

<coup + gobelin mort>

Nain : Voilà !

Barbare : Ouais !

Aventurier : c'est pas vraiment à ça que je pensais.

Elfe : Vous êtes méchants.

Barbare : Ouais !

Nain : Heh heh.

Voleur : Je ne sais pas qui va fouiller les cadavres, mais moi ça me dégoûte.

Elfe : Regardez, il y a une grotte un peu plus loin.

Mago : Je la note sur le plan.

Ogre : Zoubla tchok.

Mago : C'est la tanière des peaux-vertes.

Nain : J'vais fouiller ça.

Barbare : Moi aussi.

Aventurier : Allons-y !

Ogre : Zog zog.

Nain : Halala !

Aventurier : Quel bordel !

Elfe : C'est sale.

Voleur : Il n'y a que du vieux matériel usagé.

Mago : On perd du temps !

Elfe : Moi j'ai trouvé quelque chose.

Aventurier : Fais voir.

Elfe : Cette grosse clé accrochée sur le mur.

Ogre : Doula.

Aventurier : J'la prends.

Nain : J'ai un truc ici !

Barbare : C'est quoi ?

Nain : Un vieux bouquin couvert de symboles.

Mago : Fantastique, c'est un grimoire !

Elfe : Il a l'air très ancien.

Mago : Avec ça, je vais certainement gagner un niveau.

Nain : Parce que tu crois que je vais t'le donner ?

Aventurier : Cet objet n'est pas pour les Nains.

Voleur : Tu pourrais lui donner quand-même.

Nain : D'accord, je te le vends... dix pièces d'or.

Mago : Enfoiré !

Nain : Avec une réduction de 10% parce que t'es sympa !

Mago : Cinq pièces d'or, pas plus !

Nain : Huit !

Mago : Six et rien d'autre !

Nain : Tant pis !

Mago : Six pièces d'or et un sandwich au poulet.

Nain : Vendu !

Mago : Tope la !

Aventurier : Vous croyez que c'est le moment de faire du commerce ?

Nain : Y'a pas de petit profit.

Elfe : Vous oubliez les monstres.

Voleur : J'espère qu'ils ont perdu notre piste.

Mago : Ca m'étonnerait qu'ils passent la rune de protection.

Barbare : j'les attend moi !

Aventurier : Ce couloir continue vers le sud.

Nain : Allons-y.

Elfe : Je ferai bien une petite sieste.

Barbare : Ca tourne à gauche.

Aventurier : Continue.

Mago : C'est noté.

Nain : Cette chanson commence vraiment à m'énerver.

Barbare : Stop !

<keskya sans barbare>

Nain : Y'a encore deux directions.

Barbare : A droite ou en face.

Mago : Si on regarde ma carte, il vaut mieux aller à droite.

Barbare : Pourquoi ?

Mago : Parce que c'est loin des monstres.

Aventurier : Allons-y !

Elfe : Je suis fatiguée.

Voleur : Je commence à perdre patience.

Barbare : Arrêtez !

( Aventurier : Quoi encore ?

( Mago : Haaaalala !

Nain : Y'a une énorme grille qui barre le chemin.

Barbare : Avec une serrure.

Voleur : Attendez, je vais regarder.

Ogre : Koulaga.

Nain : J'ai pas envie de retourner en arrière.

Voleur : Je pense qu'elle est facile à crocheter.

Aventurier : Tiens, essaie plutôt la clef des gobelins.

Mago : Faites passer.

Elfe : Voilà.

Mago : Il est pas très original ce donjon.

Barbare : Trop facile !

Voleur : La clef fonctionne.

Nain : Vous sentez pas comme un truc bizarre ?

Aventurier : Ca sent l'animal crevé.

Ogre : Zoub toukalo.

Mago : Il dit que c'est l'odeur d'un troll.

<cri troll echo>

Nain : Ha meeeerde !

4.  La Maison Periglioni

I hesitated before including this. Not because it's in really terrible taste, that's par for the course. But it's rather beyond my own current level, and there are some gaps, shown by parentheses, as well as the inevitable errors. The voice (of what I take to be a Corsican funeral director) is rapid and strongly accented.

However, it shows what good practise jokes and sketches are. The punch-line (la chute) is throw-away, muttered, and we miss the point! It makes us want to listen again and improve.

So, if you can do better than me, fill in the blanks and email me.

Listen to it here.

La maison Periglioni

 

On appelle la famille Blatini ; vous êtes la famille Blatini ? Approchez-vous, Messieurs, Mesdames.  Je voudrais bien vous accueillir avant que nous procédions à la crémanation.  (Si je peux me permettre, Madame, les Kleenex sont à droite. Ça, c’est un linceul…)  

 

Oui, tout à fait, Monsieur, toutes mes condoléances. Oui c’est une perte terrible ! Oui, tout à fait, Monsieur.

 

Oui, Monsieur, bonjour ça va ? Oh, pardon ! Oui, toutes mes condoléances.

 

Oh, il est mignon ! Heh-heh, pardon.

 

Eh bien, il ne manque personne ! Excepté bien sûr…

 

La maison Periglioni, qui vient d’ouvrir ses portes ce matin, a désiré dans un moment – ô combien douloureux  - apporter une petite touche personnalisée, en vous contant une petite blagounette.

 

C’est Toto ! Il y a des problèmes intestinaux, et on l’a assujetti des suppositoires ! Alors, malheureusement, le pharmacien se trompe, et il lui vende les cartouches… cartouches de chasse. Alors, foncièrement, quand Toto va aux toilettes, ça fait des trous – partout !

 

Bien…

 

Après cette petite touche humoristique, je rappelle que la maison Periglioni a des différents choix de cercueil, avec des différents (genres) de bois, du bois des Îles aux bois de cagette…

 

Je rappelle, que la maison Periglioni offre au bout de ce cercueil un petit verre de sangria ! C’est ce qu’on appelle le petit pouce Periglioni !

 

Oui, tout à fait, Madame, on envoie la musique tout de suite.

 

Ah, c’est la boulette, là. On l’a confondue avec les Martiniquais de ce matin, je suis désolé, Madame. Oui, tout à fait, Madame, on envoie la musique tout de suite.

 

Oh, oh ! Oh Madame…il ne faut pas vous mettiez dans un état pareil, Madame. Vous savez, la mort ça peut arriver à tout le monde.

 

Qu’est-ce qu’est arrivé au petit monsieur ? Ah oui, c’est cette personne qui nous est arrivé en deux (  ). Ah, comme je me dis souvent, madame, un (  ) peut en caché un autre.

 

C’était votre petit-fils, Madame ? Oui, je comprends, oui. Vous avez quel âge, madame ? Quatre-vingt-six ans ? Hm. Puis-je me permettre de vous laisser ma carte.  Je vous rappelle que nous faisons une petite promotion qui s’arrête fin janvier !

 

Mesdames et messieurs, nous allons désormais faire lecture des oraisons funèbres.

 

Cher Achille. Il est parti trop tôt. Mais le soleil de la Martinique brûlera à jamais dans.. Oh, la boulette !

 

Cher Jean-Paul.  Toi aussi, tu es parti trop tôt. Ton licenciement ne t’a pas laissé indifférent. T’as aimé la noix de cajou. Et les ( ). Et ton départ fut un déchirement, non seulement pour ta famille, mais aussi pour toi.

 

Maintenant, Mesdames et Messieurs, veuillez respecter s’il vous plaît la petite minute de silence réglementaire. Chut ! Attention ! 

 

René ! C’est bon, tu peux faire partir le four. Thermostat quatre !  Comment ça les jambes ?  (Tu ne les aimes pas avec les restes ?) Regarde dans le tiroir du bar. Le tiroir du bar !

 

Excusez-moi Madame. Vous êtes cardiaque ?

 

Mesdames et Messieurs, nous allons passer dans ce que nous appelons dans notre jargon la salle de chauffe.  () Elle est bien agitée, là. Il faut pas s’approcher de la machine. C’est chaud. Sinon tu vas finir comme papa !

 

Oh Madame ! Tu sais, les jeunes, maintenant, il ne faut pas aller comme ça.  Tiens regarde. Monsieur le Comte : il va mettre ton papa dans une grande boite de magique. Et quand il réapparaîtra, il réapparaîtra dans une boite plus petite ! C’est la magie !

 

Mesdames et Messieurs, je vais désormais passer à la crémanation () Oh pardon !

La  crémanation  de la dépouille mortelle de Blatini, Jean-Paul, qui va effectuer son dernier voyage sur ce tapis roulant dernier modèle.

 

Pardon, Monsieur. Oui, tout à fait, c’est plus de mille cinq cent degrés minute. C’est un système hydraulique. Oui, oui. C’est géré par ordinateur. Mais c’est pas moi qui en occupe, non, non, non. Oui c’est de la bonne machine ; c’est de marque allemande, ils ont fait leur preuve.

 

René ! C’est bon, tu peux faire partir !

 

Dis au’voir à papa !

 

Il comprend pas Il y a des (écoules).  Attend, reviens à la position de départ. Pas la première ou la seconde ! Je comprends rien. Je comprends pas, les Martiniquais, il était parti comme un fusée ce matin !

 

Bien, Mesdames et Messieurs, vous allez pouvoir passé un dernier moment avec Blatini, Jean-Paul, comme quoi, ou quoi c’est fini, et puis…  Bon, allez, passe-moi une petite douche, toi.  Ah je te jure, (comme chaud il est)

 

Allez, vas-y, démarre, démarre ! Ouais, ouais, ouais !

 

Georges Feydeau. Extract from La main passe

Feydeau is known even in our culturally benighted country for his farces (vaudevilles). The title of this play refers to a game of cards, and it is the usual combination of the marital infidelity of unlikely characters, complicated by impossible situations. But very stylish, and even with a little sadness at the end.

Here is the (very inventive) opening. M. Chanal has a new toy, a recording phonograph. He adjusts the cylinder and prepares to speak into the bell to record. Of course, the phonograph is also going to operate - accidentally - as a spy microphone on the conversations of his wife...

Listen to it here.

 

La main passe

 

de Georges Feydeau

 

Acte I Scène I

 

Un salon, chez les Chanal.

Chanal, puis Francine.

CHANAL. (après avoir mis en marche le mécanisme du phonographe. Déclame le texte qu'il a rédigé dans le pavillon de l'appareil non sans émotion.) Ma chère soeur!...  Hum ! Hum !... Ainsi c'est un fait accompli ! Te voilà donc mariée ! Ce matin t'a faite femme devant la loi ; ce soir te fera femme devant la nature - c'est pas mal ça ! Combien cette pensée me trouble moi qui sait de quoi il retourne !

FRANCINE. (entrant du dehors en coup de vent) C'est moi !

CHANAL. (sursaute, lui fait signe de se taire puis reprend)  Dire que je ne serais pas auprès de toi lors d'une pareille épreuve ! Un océan, hélas, nous sépare. Je veux du moins que ma voix traverse la mer, pour t'en donner des conseils... de mère.

FRANCINE. Ah ah ah.

CHANAL. (sursautant de nouveau lui répète par geste de se taire, puis) Tu vas connaître le grand mystère à quoi rêvent les jeunes filles...

FRANCINE. Mais qu'est-ce que tu fabriques ?

CHANAL. Mais tais-toi donc !

FRANCINE. (pétrissant son chapeau) Oh, je vois, Monsieur est à la grinche.

CHANAL. Mais tais-toi donc bon dieu de bois, tu ne vois pas que je parle au phonographe.

FRANCINE. Je m'en moque de ton phonographe ! A-t-on idée de cette invention idiote...

CHANAL. (outré) Mais enfin... (il arrête l'appareil)

FRANCINE. ... de s'installer au salon pour parler avec son phonographe.

CHANAL. C'est tout de même extraordinaire cette manie de jacasser. Tu ne peux t'empêcher ! Voilà encore un cylindre de gâche !

FRANCINE. (s'apprêtant à sortir pour se débarrasser de ses vêtements) Poof, un de perdu...

CHANAL. C'est ça ! "Dix de retrouvés" ? Les proverbes et toi vous ne dites que des âneries !

FRANCINE. (se retournant)  Pardon ?

CHANAL. Tu ne vois pas que je parle dans mon instrument et que...

FRANCINE. Et qu'est-ce que tu lui disais à ton instrument ?

CHANAL. Hein ? Mais... ça ne te concerne pas ! Seulement Madame débarque là et... Je prononçais le discours que j'ai préparé pour Caroline à l'occasion de son mariage avec son Américain, voilà ! Et toi, tu mets à dégoiser. Naturellement, lui, le phonographe, il ne fait pas la différence, ce pauvre appareil. Il enregistre tout ce qu'il entend, dont toi. (Il remplace le diaphragme enregistreur du phonographe par le répétiteur.)

FRANCINE. (avec un rire incrédule) Parce que tu voudrais me faire croire que tout ce que nous avons dit c'est là-dedans ?

CHANAL. Mais évidemment ! (Il met le phonographe en marche) Tiens ! Puisque tu ne me croiras pas.

LE PHONOGRAPHE. (voix de Chanal) Ma chère soeur!...  Hum ! Hum !... Ainsi c'est un fait accompli ! Te voilà donc mariée ! Ce matin t'a faite femme devant la loi ; ce soir te fera femme devant la nature - c'est pas mal ça !

CHANAL. Hein ?

FRANCINE. C'est toi qui le dis.

LE PHONOGRAPHE. (voix de Chanal) Dire que je ne serais pas auprès de toi lors d'une pareille épreuve ! Un océan, hélas, nous sépare. Je veux du moins que ma voix traverse la mer, pour t'en donner des conseils... de mère. (Rire de Francine. Voix de Chanal) Tu vas connaître le grand mystère à quoi rêvent les jeunes filles...(Voix de Francine)  Mais qu'est-ce que tu fabriques ? (Voix de Chanal)  Mais tais-toi donc ! (Voix de Francine) Oh, je vois, Monsieur est à la grinche. (Voix de Chanal)  Mais tais-toi donc bon dieu de bois, tu ne vois pas que je parle au phonographe. (Voix de Francine) Je m'en moque de ton phonographe ! A-t-on idée de cette invention idiote... (Voix de Chanal)  Mais enfin...

CHANAL. Voilà, voilà ton oeuvre !

FRANCINE. (allant s'asseoir) Je n'ai jamais dit un mot de tout ça...

CHANAL. (outré) Oh !

FRANCINE. Jamais !

CHANAL. Non mais dis tout de suite qu'il ment.

FRANCINE. Je n'ai jamais dit du phonographe "a-t-on idée de cette invention idiote" ce qui serait idiot, j'ai dit "A-t-on idée de cette invention idiote de s'installer dans son salon pour parler avec son phonographe". Il ne faudrait pas me dire ce que je n'ai pas dit.

CHANAL. Oui, oh, ça c'est un détail. C'est pas de sa faute à lui, j'avais coupé.

FRANCINE. Pour ta peine ton cylindre, tu n'auras qu'à le recommencer. Comme ça tu pourras supprimer la phrase sur les mers.

CHANAL. Les mers ?

FRANCINE.  Oui. "Je veux que ma voix traverse la mer, pour t'en donner des conseils... de mère."... Tu trouves ça spirituel ?

CHANAL. Ben quoi, c'est drôle, c'est une saillie.

FRANCINE. Justement ! On n'envoie pas une saillie pour le mariage de sa soeur ! C'est pas le frère que ça regarde !

CHANAL. Oh ! Charmant !

FRANCINE. C'est comme ce qui précède.

CHANAL. Quoi ?

FRANCINE. "Ce matin t'a faite femme devant la loi ; ce soir te fera femme devant la nature." Tu trouves ça convenable à dire à une jeune fille ?

CHANAL. Je lui dis ce qui doit arriver.

FRANCINE. Elle s'en apercevra bien elle-même vraiment ! Faire un discours à une jeune mariée pour lui dire des cochonneries.

CHANAL. Des cochonneries ?

FRANCINE. Et tu crois que ça va lui plaire, au mari, ton initiation ? Tu es comme ces gens, au théâtre, qui ont la manie de vous raconter la pièce au fur et à mesure qu'on la joue. "Vous allez voir, il va se passer ça, c'est extraordinaire." Naturellement, quand ça arrive, on est déçu, on dit : ah bon, c'est tout ? et l'effet est fichu.  Eh bien, ta soeur, à cause de toi, elle risque aussi d'être déçue et de se dire "Ah bon, c'est tout ?" Tu parles d'un service rendu au marie ! Laisse-les donc se débrouiller ces enfants ! Sur le coup Caroline sera peut-être un peu estomaquée mais au moins elle aura la surprise et l'effet n'aura pas complètement raté. (Elle va pour sortir.)

CHANAL. Ah, mais, de quoi je me mêle ? Tu es extraordinaire, et d'abord qu'est-ce qui te dit qu'il ratera ?

FRANCINE. (se retournant) Qui ça ?

CHANAL. L'effet.

FRANCINE. Mais... la loi des probabilités, pardi !

CHANAL. Ah, fiche-moi donc la paix. Tu n'entends rien à l'art des prolégomènes.

FRANCINE. (haussant les épaules) Prolégomènes !

CHANAL. (remplaçant le cylindre gâché par un autre vierge.) Va donc déjeuner. Ça fait une heure que j 'ai fini. Est-ce que c'est une maison, ça ?

FRANCINE. (elle sonne) Tu n'avais qu 'à m'attendre.

CHANAL. C'est ça mets-moi dans mon tort?

 

 

 

 

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