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Week Five

 

1.  First, La Revue de presse of 27/7 by Fabrice Drouelle

2.  Lettres de mon moulin by Alphonse Daudet is always a favourite. Here is Le sous-prefèt aux champs

3.  Now Part IV of Le donjon de Naheulbek

4. This is Laurent Gerra parodying Francis Cabrel. La cabane au fond du jardin.

5. Finally an extract from La Folle de Chaillot of Jean Giraudoux

 

 

1.  Chronique France Inter. La Revue de presse

Listen to it here.

 

jeudi 27 juillet >

Par Fabrice Drouelle

 

L'armée israélienne dans la presse...

 

En 40 ans de vie politique, jamais peut-être Jacques Chirac

n'a eu dans la presse un article aussi louangeur, un article

quasiment amoureux... Il faut ouvrir "L'Orient-Le Jour", à

Beyrouth, pour le lire... Les mots de Ziad Makoul sont repris

cette semaine dans "Courrier International"... "Lorsque le

Liban saigne, Chirac n'est jamais bien loin"... Et voici ce

qu'écrit Ziad Makoul : "L'Hexagone est trop petit pour lui...

Rien ne vaut, pour le poète, le monde, seul espace dans lequel

il peut déployer ses ailes... Rien ne vaut ce don, qu'il fait

aux autres sur les cinq continents, de cette très haute idée

qu'il a d'une France pilier... Aux bottes texanes, les

Libanais préfèrent de loin des escarpins en soie Yves

Saint-Laurent... Ils attendent de la France et de Jacques

Chirac une compréhension bien plus subtile des spécificités

orientales... Les Libanais attendent de la France qu'elle

déracine le mal tout en préservant le Liban"...

L'attente est énorme... Elle est sans doute déçue, ce matin,

après la Conférence de Rome sur le Proche-Orient... L'appel à

un cessez-le-feu immédiat de Jacques Chirac, hier dans les

colonnes du "Monde", n'a pas été entendu... Cette Conférence a

même été "un feu vert à la guerre", pour "Libération"... Au

terme d'une matinée de discussions au ministère des Affaires

étrangères italien, les participants ne sont même pas parvenus

à s'entendre pour demander un arrêt urgent des hostilités...

Il est urgent d'attendre...

Dans "La Charente Libre", Dominique Garraud essaie d'expliquer

ce que beaucoup de journaux qualifient "d'échec"... "La

division des participants à la Conférence hier... Européns et

ONU pour un cessez-le-feu immédiat... Américains et Israéliens

pour un cessez-le-feu uniquement dans le cas d'une

neutralisation totale du Hezbollah... Comme toujours quand il

s'agit de l'Orient compliqué, la diplomatie avance bien plus

lentement que les bombes et les missiles"...

Une fois de plus ce matin, l'armée israélienne n'a pas bonne

presse dans les journaux français... Dans "Paris Match",

reportage photo au Liban, sur les routes sanglantes de

l'exode... La première photo est terrifiante : une maman est

en train de mourir dans les bras de son fils... Il a de la

poussière sur les yeux, du sang sur son T-shirt rose déchiré,

et un rictus de souffrance... Il tient le poignet de sa mère,

qui a le visage couvert de sang séché, et qui est en train de

mourir... "Maman, s'il te plaît, ne t'endors pas !"...

Evidemment, la bavure d'hier : quatre membres de l'ONU tués

dans un raid israélien sur leur poste, au Sud-Liban, ne fait

rien pour arranger la réputation de l'armée... D'ailleurs,

est-ce une bavure ou un acte délibéré ?... "L'Humanité" pose

la question, et "Le Figaro" a mené l'enquête... Plusieurs

éléments plaident pour un acte délibéré... D'abord la parfaite

connaissance d'un terrain longtemps occupé par Israël et

surveillé nuit et jour par des drones... le fait que les

positions de l'ONU au Sud-Liban soient clairement

identifiées... Enfin, selon le commandement de la force de

l'ONU, les observateurs dans le poste bombardé auraient tenté

de contacter à dix reprises l'état-major israélien pour faire

cesser les tirs, mais en vain... Les Israéliens rejettent très

vivement ces accusations...

L'armée et le gouvernement israéliens ont mauvaise presse...

Dans son dossier de la semaine, "Courrier International" donne

la parole aux journalistes israéliens... "Pourquoi nous

haïssent-ils tant ?", se demande un journaliste du quotidien

"Yediot Aharonot"... Il ne s'agit évidemment pas de la presse

française, mais du climat au Proche-Orient... Comme une

explication à l'attitude de l'Etat hébreu au Liban depuis plus

de deux semaines...

"Pourquoi nous haïssent-ils tant ?... Je ne parle pas des

Palestiniens, écrit Yaïr Lapid... Le conflit qui nous oppose à

eux est réel... Sans chercher à savoir qui a raison, il est

évident qu'ils ont des motifs véritables de ne plus supporter

leur sort... Mais les ennemis que nous affrontons aujourd'hui

échappent à notre logique... Pourquoi le chef du Hezbollah,

adulé par des dizaines de milliers de partisans, risque-t-il

sa vie pour se battre contre un pays peuplé de gens qu'il n'a

jamais rencontrés ?... Pourquoi les enfants d'Iran, qui ne

pourraient pas distinguer Israël sur une carte tant notre pays

est petit, brûlent-ils son drapeau sur les places de leurs

villes ?... Pourquoi les Syriens acceptent-ils de vivre comme

dans un pays du tiers-monde, misérables et sans espoir, en

échange du privilège douteux de financer des groupes

terroristes ?... Que leur avons-nous fait ?... Pourquoi le

Président iranien a-t-il déclaré qu'Israël est le problème

central du monde musulman ?... Il y a plus d'un milliard

d'êtres humains dans le monde musulman... La majorité d'entre

eux vivent dans des conditions terrifiantes... Comment

pourrions-nous être leur principal problème ?"...

Entre la guerre au Liban, celle à Gaza qui continue et, sur un

tout autre plan, la canicule, les journaux éprouvent parfois

le besoin de souffler... C'est le cas du "Parisien" ce matin,

qui s'intéresse "aux vacances des Français"... Et la saison

touristique paraît bien partie, d'après les premiers bilans...

Les entreprises de voyages enregistrent beaucoup de

réservations de dernière minute... Et beaucoup de Français ont

fait, cette année, le choix de rester dans leur pays... Côte

Antlantique, Midi, région parisienne : ce sont les grands

gagnants classiques de juillet... Mais les zones rurales ou de

moyenne montagne voient aussi pas mal de touristes, pour peu

qu'elles abritent un site historique ou culturel fort, ou

encore un des plus beaux villages de France...

La saison est bien partie... "Le Parisien" voit trois

explications à cela... D'abord un "effet Coupe du Monde" :

beaucoup ne sont pas partis avant le dernier match, et une

fois la compétition finie, ils se sont dit : "Pourquoi partir

à l'étranger, alors que le soleil brille autant chez nous

?"... Raisons économiques ensuite : il est moins cher de

partir une semaine à la campagne chez ses parents que pour un

séjour au bout du monde... Enfin, selon "Le Parisien", la

réduction de la durée moyenne des vacances joue aussi : à

peine plus de 17 jours en 2004... Voilà qui handicape les

excursions lointaines...

Alors la canicule devrait nous laisser un peu de répit ces

jours-ci... "Les orages arrivent : on va enfin souffler", se

réjouit "La Montagne"... Mais "Les Echos" voient tout de même

un mérite à cette fameuse canicule : elle soutient les soldes

d'été... Un mois après le démarrage, les ventes, dans les

boutiques d'habillement et d'accessoires et dans les grands

magasins, continuent sur un bon rythme... Besoin de passer du

temps dans des locaux climatisés, besoin de vêtements légers

aussi... Et en plus, selon le directeur du Printemps Haussmann

à Paris, la clientèle étrangère semble de plus en plus

organiser sa venue dans la capitale en fonction des dates des

soldes...

L'inquiétude de "La Croix" : "La tentation du clonage

thérapeutique"... Le quotidien nous apprend ce matin qu'un

rapport parlementaire propose d'ouvrir pleinement la recherche

sur l'embryon, et d'autoriser le clonage thérapeutique...

C'est un rapport d'un député UMP... Actuellement, la loi

interdit le clonage thérapeutique, et n'autorise la recherche

sur l'embryon que de manière exceptionnelle, si elle est

susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs...

Mais le député Pierre-Louis Fagniez estime qu'elle est un des

grands sujets de la science du 21ème siècle, qu'elle est

indispensable pour développer tout un pan de la recherche sur

le développement embryonnaire ou sur la meilleure connaissance

de certaines maladies, comme Parkinson...

"La Croix" souligne les problèmes éthiques que tout cela

pose... Et le député Fagniez lui-même reconnaît qu'un

consensus s'est dégagé pour l'instant pour considérer

l'embryon cloné comme humain... Mais il considère qu'on ne

pourrait le considérer comme tel qu'une fois implanté dans

l'utérus d'une femme... Il se prononce donc pour le clonage

thérapeutique, qu'il propose de rebaptiser "transfert

nucléaire"...

Dans "L'Est Républicain", une autre Une, qui ne traite ni de

la guerre ni de la canicule : elle traite de l'affaire

Clearstream... Alors, petit devoir de vacances... L'affaire

Clearstream, rappel : des listes truquées de personnalités

ayant soi-disant un compte dans cette présumée lessiveuse

d'argent sale ont circulé... Sur certaines listes, le nom de

Nicolas Sarkozy, et cette question : Dominique de Villepin

a-t-il demandé à un ancien espion, le général Rondot, de

creuser discrètement l'affaire ?...

Selon "L'Est Républicain", le général Rondot vient d'adresser

une lettre aux magistrats en charge de l'enquête... une lettre

dans laquelle il revient une nouvelle fois sur des

déclarations précédentes, et dans laquelle il dédouane une

nouvelle fois le Premier ministre... "Jamais personne,

écrit-il, ne m'a demandé de cibler Nicolas Sarkozy... Je suis

même sûr aujourd'hui que son nom ne figurait pas sur les

documents reçus"... Et selon lui, Nicolas Sarkozy a

probablement su assez tôt, dès juin 2004, qu'il y avait une

sale affaire... Imad Lahoud, celui qui est soupçonné d'avoir

falsifié les listings Clearstream, a affirmé d'être très

proche de collaborateurs directs de Nicolas Sarkozy... Imad

Lahoud l'avait même rencontré en juin 2004...

Grands dieux, Seigneur !... Le vignoble de Margaux est menacé

par une autoroute !... Margaux, c'est l'un des nectars du

Bordelais, un vin d'exception à la renommée internationale...

Et "Le Figaro" s'inquiète ce matin : un projet d'autoroute aux

portes du vignoble est étudié...

Le quotidien donne la parole à plusieurs propriétaires de

châteaux et viticulteurs... Ils soulignent tous les dangers

que représente le béton pour le Cabernet-Sauvignon de

Margaux... Avec la construction de l'autoroute, le terroir

risque d'être bouleversé... La pollution que provoquera le

passage des voitures et des camions les inquiète forcément

aussi... Or, le terroir est extrêmement fragile... Il est

alimenté en eau par un subtil équilibre entre la nappe

phréatique, des petits ruisseaux et les zones humides

restantes... Déjà, la construction de la voie ferrée, il y a

un siècle, a modifié les parcelles... Et le président du

Syndicat viticole affirme qu'un simple fossé creusé à

proximité de ces cépages a tué des pieds de vigne...

En tout cas, nul doute que dans les vignes de Margaux, réside

une certaine idée de la France... Cette France qui, justement,

s'est beaucoup interrogée sur son identité cette année, entre

les émeutes dans les banlieues et le débat sur son passé

colonial...

Pour revenir à froid sur ces événements, "Le Monde" publie une

série d'été, intitulée "Une certaine idée de al France"... Des

personnes plus ou moins connues donnent leur définition...

Aujourd'hui, l'écrivain Vincent Cespedès... Et en pleine

guerre au Liban, ses paroles ont un écho particulièrement

fort... "Ce qui est très français, dit-il, c'est l'héritage

qui consiste à faire une Constitution en pensant au monde, à

l'univers... Il y a l'idée de légiférer pour l'universel... Et

la crise des banlieues exprime un dilemme, entre une

aspiration au mélange et une République qui ne tient plus ses

promesses... Si la France était un personnage de roman,

dit-il, ce serait Don Quichotte, car ce n'est plus un

personnage espagnol... Autrement dit, c'est devenu une figure

universelle"...

Don Quichotte, c'est aussi le personnage qui se bat contre des

moulins... Les habitants des banlieues et les Libanais qui en

appellent à la France en ce moment en attendent sans doute

beaucoup plus...

Bonne journée !

 


 

 

2Lettres de mon moulin Alphonse Daudet : Le sous-prefèt aux champs

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Alphonse Daudet,

Lettres de mon moulin

Ballade en prose, II : Le sous-préfet aux champs

 

M. le sous-préfet est en tournée. Cocher devant, laquais derrière,

la calèche de la sous-préfecture l'emporte majestueusement au

concours régional de la Combe-aux-Fées. Pour cette journée

mémorable, M. le sous-préfet a mis son bel habit brodé, son petit

claque, sa culotte collante à bandes d'argent et son épée de gala

à poignée de nacre... Sur ses genoux repose une grande serviette

en chagrin gaufré qu'il regarde tristement.

M. le sous-préfet regarde tristement sa serviette en chagrin

gaufré; il songe au fameux discours qu'il va falloir prononcer

tout à l'heure devant les habitants de la Combe-aux-Fées :

« Messieurs et chers administrés... »

Mais il a beau tortiller la soie blonde de ses favoris et répéter

vingt fois de suite :

« Messieurs et chers administrés... », la suite du discours ne

vient pas.

La suite du discours ne vient pas... II fait si chaud dans cette

calèche !... A perte de vue, la route de la Combe-aux-Fées

poudroie sous le soleil du midi... L'air est embrasé... et sur les

ormeaux du bord du chemin, tout couverts de poussière blanche, des

milliers de cigales se répondent d'un arbre à l'autre... Tout à

coup M. le sous-préfet tressaille. Là-bas, au pied d'un coteau, il

vient d'apercevoir un petit bois de chênes verts qui semble lui

faire signe.

Le petit bois de chênes verts semble lui faire signe.

« Venez donc par ici, monsieur le sous-préfet; pour composer votre

discours, vous serez beaucoup mieux sous mes arbres... »

M. le sous-préfet est séduit; il saute à bas de sa calèche et dit

à ses gens de l'attendre, qu'il va composer son discours dans le

petit bois de chênes verts.

Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des

violettes, et des sources sous l'herbe fine... Quand ils ont

aperçu M. le sous-préfet avec sa belle culotte et sa serviette en

chagrin gaufré, les oiseaux ont eu peur et se sont arrêtés de

chanter, les sources n'ont plus osé faire de bruit, et les

violettes se sont cachées dans le gazon... Tout ce petit monde-là

n'a jamais vu de sous-préfet, et se demande à voix basse quel est

ce beau seigneur qui se promène en culotte d'argent.

A voix basse, sous la feuillée, on se demande quel est ce beau

seigneur en culotte d'argent... Pendant ce temps-là, M. le

sous-préfet, ravi du silence et de la fraîcheur du bois, relève

les pans de son habit, pose son claque sur l'herbe et s'assied

dans la mousse au pied d'un jeune chêne; puis il ouvre sur ses

genoux sa grande serviette de chagrin gaufré et en tire une large

feuille de papier ministre.

« C'est un artiste! dit la fauvette.

- Non, dit le bouvreuil, ce n'est pas un artiste, puisqu'il a une

culotte en argent : c'est plutôt un prince. »

« C'est plutôt un prince, dit le bouvreuil.

- Ni un artiste ni un prince, interrompt un vieux rossignol, qui a

chanté toute une saison dans les jardins de la sous-préfecture...

Je sais ce que c'est : c'est un sous-préfet ! »

Et tout le petit bois va chuchotant :

« C'est un sous-préfet ! c'est un sous-préfet !

- Comme il est chauve! » remarque une alouette à grande huppe.

Les violettes demandent :

« Est-ce que c'est méchant? »

« Est-ce que c'est méchant? » demandent les violettes.

Le vieux rossignol répond :

« Pas du tout ! »

Et sur cette assurance, les oiseaux se remettent à chanter, les

sources à courir, les violettes à embaumer, comme si le monsieur

n'était pas là... Impassible au milieu de tout ce joli tapage, M.

le sous-préfet invoque dans son cœur la muse des comices

agricoles, et, le crayon levé, commence à déclamer de sa voix de

cérémonie :

« Messieurs et chers administrés... »

« Messieurs et chers administrés », dit le sous-préfet de sa voix

de cérémonie...

Un éclat de rire l'interrompt; il se retourne et ne voit rien

qu'un gros pivert qui le regarde en riant, perché sur son claque.

Le sous-préfet hausse les épaules et veut continuer son discours;

mais le pivert l'interrompt encore et lui crie de loin :

« A quoi bon ?

- Comment ! à quoi bon ? » dit le sous-préfet, qui devient tout

rouge; et, chassant d'un geste cette bête effrontée, il reprend de

plus belle :

« Messieurs et chers administrés... »

« Messieurs et chers administrés... » , a repris le sous-préfet de

plus belle.

Mais alors, voilà les petites violettes qui se haussent vers lui

sur le bout de leurs tiges et qui lui disent doucement :

« Monsieur le sous-préfet, sentez-vous comme nous sentons bon ? »

Et les sources lui font sous la mousse une musique divine; et dans

les branches, au-dessus de sa tête, des tas de fauvettes viennent

lui chanter leurs plus jolis airs; et tout le petit bois conspire

pour l'empêcher de composer son discours.

Tout le petit bois conspire pour l'empêcher de composer son

discours... M. le sous-préfet, grisé de parfums, ivre de musique,

essaie vainement de résister au nouveau charme qui l'envahit. II

s'accoude sur l'herbe, dégrafe son bel habit, balbutie encore deux

ou trois fois :

« Messieurs et chers administrés... Messieurs et chers admi...

Messieurs et chers... »

Puis il envoie les administrés au diable; et la muse des comices

agricoles n'a plus qu'à se voiler la face.

Voile-toi la face, ô muse des comices agricoles!... Lorsque, au

bout d'une heure, les gens de la sous-préfecture, inquiets de leur

maître, sont entrés dans le petit bois, ils ont vu un spectacle

qui les a fait reculer d'horreur...M. le sous-préfet était couché

sur le ventre, dans l'herbe, débraillé comme un bohème. II avait

mis son habit bas... et, tout en mâchonnant des violettes, M. le

sous-préfet faisait des vers.

 

 

3. Le Donjon de Naheulbeuk Part V

 

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Le Donjon de Naheulbeuk - Episode 05 - Le Magasin.

<Musique> Ambiance tendue.

<Bruit> : Le Nain s'approche du groupe.

Le Nain : Voilà ce que j'ai trouvé dans le couloir.

<Bruit> : Le Nain montre ce qu'il a trouvé.

L'Ogre : Zogla doulo ?

La Magicienne : Il demande si c'est mangeable.

Le Ranger : Pas vraiment, ce sont les provisions des Orques.

L'Elfe : Mais alors y'avait pas de piège ?

Le Nain : Bien sûr que non.

Le Voleur : J'ai essayé d'vous le dire, mais j'n'ai pas eu le temps !

L'Elfe : Oh ça va, j'ai pas fait exprès !

Le Ranger : Et il n'y a rien d'autre dans ce couloir ?

Le Nain : Y'a une porte au fond.

Le Ranger : Quel genre de porte ?

Le Nain : Une grosse porte noire avec une serrure et un crâne en bronze.

Le Ranger : C'est moche !

L'Elfe : C'est affreux !

La Magicienne : C'est abominable !

Le Voleur : C'est ignoble !

Le Barbare : J'ai soif !

<Bruit> : Le Barbare débouche une bouteille et boit.

Le Ranger : Je propose d'avancer et d'ouvrir cette porte.

Le Voleur : Moi je reste ici, j'ai besoin de récupérer.

La Magicienne : C'est sans doute le choc opératoire...

Le Ranger : En avant !

<Bruit> : Le groupe marche jusqu'à la porte.

<Bruit> : Le Barbare siffle.

L'Ogre : Gola tounda !

Le Barbare : Quoi ?

La Magicienne : Il dit qu'il aime pas ta chanson.

Le Ranger : Stop, nous y voilà !

L'Elfe : Quelle horrible porte !

Le Nain : Je vous l'avais bien dit !

La Magicienne : Regardez, il y a des runes ici.

L'Elfe : Et un genre de bouton.

Le Ranger : Tu pourrais traduire ?

La Magicienne : Je crois que c'est écrit en Moriaque des Collines de l'Est.

L'Elfe : Et qu'est-ce que ça raconte ?

La Magicienne : Je dois chercher dans mon grimoire.

<Bruit> : La Magicienne feuillette son grimoire.

Le Voleur : Je me demande ce que tu ferais sans tes livres...

Le Nain : Tiens, je croyais que tu voulais rester derrière.

Le Voleur : Je me sentais seul.

La Magicienne : J'ai trouvé le chapitre Moriaque.

Le Ranger : Je crois qu'on pourrait au moins essayer d'ouvrir la porte.

L'Elfe : Et si y'a une malédiction ?

Le Voleur : Ou un glyphe de protection ?

Le Nain : Ou un gaz toxique ?

Le Barbare : Mais non, c'est juste une porte !

La Magicienne : Attendez, j'ai la solution !

<Bruit> : Contrebasse.

Le Ranger : Alors ?

La Magicienne : C'est écrit "Le magasin est ouvert tous les jours jusqu'à 19H00".

L'Elfe : Un magasin ?

La Magicienne : Ensuite c'est écrit "Sonnez et attendez".

Le Ranger : Ils nous prennent pour des cons !

Le Barbare : Ca sent l'arnaque !

<Bruit> : Un coup de sonnette.

Le Ranger : ET merde ! Qui a sonné ?

L'Ogre : Golo !

Le Ranger : Je savais pas que les Ogres étaient aussi crétins !

L'Elfe : Ha, c'est pas moi cette fois !

L'Ogre : Huh huh huh !

Le Nain : Et ça le fait rire en plus !

Le Voleur : On voit bien qu'il a pas pris une flèche dans le dos lui !

L'Ogre : gasna turlu da.

La Magicienne : Il dit que si on appuie pas sur le bouton, on saura pas si y'a un piège.

Le Ranger : C'est stupide !

L'Elfe : Il se passe rien.

Le Barbare : C'est long !

L'Elfe : Ca pue l'Orque ici !

<Bruit> : Deux coups de sonnette.

Le Ranger : Ca va, arrêtez d'appuyer !

L'Ogre : Huh huh huh !

Le Voleur : Bon moi je vais reculer un peu...

L'Elfe : Moi je prépare mon arc...

Le Ranger : Tu ranges cet arc tout de suite !

Le Nain : Allez, plus vite que ça !

L'Elfe : Holala !

Le Ranger : Bon, on va retourner dans la salle.

<Bruit> : La porte s'ouvre.

<Musique> : Ambiance calme à la flûte.

Une Vendeuse : Bonjour.

Le Ranger : Euh... bonjour.

La Vendeuse : Vous voulez acheter des armes et des objets magiques ?

Le Ranger : Euh... oui mademoiselle.

La Vendeuse : Vous avez de l'argent ?

Le Ranger : Euh...

Le Nain : Non, on a pas d'argent !

La Vendeuse : Revenez quand vous en aurez.

<Bruit> : La Vendeuse ferme la porte.

<Musique> Ambiance tendue.

Le Ranger : Mais quel con ! C'est pas vrai !

<Bruit> : Le Ranger frappe le Nain.

Le Nain : Aïe ! Mais ça va pas !

La Magicienne : Incapable !

Le Voleur : Ce n'était pas du tout la bonne réponse.

Le Ranger : Il a tout fait rater !

Le Nain : J'ai pas envie de leur donner mon or !

Le Barbare : Radin !

L'Elfe : Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

La Magicienne : On a sans doute une autre chance...

<Bruit> : Un coup de sonnette.

Ogre : Huh huh !

Le Ranger : Ah ouais, c'est drôle !

<Bruit> : Deux coups de sonnette.

L'Elfe : Plus c'est grand, plus c'est con !

<Bruit> : La Vendeuse ouvre la porte.

<Musique> : Ambiance calme à la flûte.

La Vendeuse : Bonjour.

Le Ranger : Euh... bonjour.

La Vendeuse : C'est encore vous ?

Le Ranger : Oui mais...

La Vendeuse : Vous avez de l'argent maintenant ?

Le Ranger : Heuu.. oui.

La Vendeuse : Combien ?

Le Ranger : Bahheeeee... je sais pas moi...

L'Elfe : J'ai pas compté.

La Magicienne : J'ai pas compté non plus.

Le Barbare : Moi j'ai rien.

La Vendeuse : Revenez quand vous saurez.

<Bruit> : La Vendeuse ferme la porte.

<Musique> Ambiance tendue.

L'Elfe : Halala !

Le Ranger : Encore raté.

Le Voleur : Elle est mignonne cette petite...

Le Nain : On devrait se casser d'ici, c'est nul !

Le Ranger : Y'a sans doute quelque chose d'important à faire dans ce magasin.

L'Ogre : Akala miam miam glakou.

Le Ranger : Est-ce notre ami l'abruti aurait une idée ?

La Magicienne : Il dit qu'il va en profiter pour manger son Orque.

Le Ranger : C'est ça, il a qu'à faire son pick-nick pendant qu'on s'casse le

cul à trouver des solutions !

Le Voleur : On pourrait compter notre argent !

Le Ranger : Ca c'est une idée !

<Bruit> : Les membres du groupe sortent leurs bourses.

Le Nain : N'importe quoi!

Le Ranger : Alors combien vous avez ?

<Bruit> : Les membres du groupe comptent leurs pièces d'or.

Le Ranger : Toi aussi, le Nain !

Le Nain : Moi, j'ai pas envie d'acheter des choses.

Le Voleur : Un peu de bonne volonté.

Le Barbare : J'ai une idée !

<Bruit> : Un coup de sonnette.

Le Ranger : Mais on a pas compté l'argent !

Le Barbare : Pas grave...

<Musique> Flûte.

<Bruit> : La Vendeuse ouvre la porte.

<Musique> : Ambiance calme à la flûte.

La Vendeuse : Vous êtes encore là ?

Barbare : Hummmmmmmf

<Bruit> : Le Barbare frappe la Vendeuse.

La Vendeuse : Haaaaa !

<Bruit> : La Vendeuse s'effondre.

Le Ranger : Merde alors, son plan a marché !

Le Barbare : Facile !

Le Ranger : Entrons !

<Bruit> : Le groupe entre dans le magasin.

L'Ogre : Zog zog.

La Magicienne : Je prends des notes pour le plan.

Le Ranger : On t'écoute

<Bruit> : L'Ogre mastique son Orque.

La Magicienne : Le magasin fait 5 mètres 22 sur 3 mètres 87, une salle rectangulaire

dont les murs sont couverts d'étagères et de diverses choses...

AH BAH PUTAIN !

<Bruit> : Le Musicien est assomé.

<Musique> Ambiance Calme.

Le Ranger : Qu'est-ce qu'y a ?

La Magicienne : Regardez ça, c'est la robe de l'archimage Tholsadum !

L'Elfe : Une robe ?

La Magicienne : C'est une relique, un vêtement pour les sorciers !

L'Elfe : Alors on va pouvoir acheter toutes ces choses ?

Le Nain : Pas besoin d'les acheter, la Vendeuse est dans l'coma !

Le Voleur : Il a raison, nous n'avons qu'à nous servir .

Le Ranger : Ca tombe bien, j'ai pas un rond.

Le Nain : Moi je vais fouiller la Vendeuse !

Le Barbare : Moi aussi !

Le Voleur : Attendez-moi !

Le Ranger : J'arrive !

Le Nain : Elle a sûrement des trucs cachés sous sa robe...

<Bruit> : Le Nain, le Barbare, le Voleur et Le Ranger déchirent la robe de la Vendeuse.

Le Voleur : Pas mal !

Le Ranger : Ho la belle paire de...

L'Elfe : Mais pourquoi vous arrachez ses vêtements ?

Le Nain : Euh... C'est pour trouver des objets...

Le Ranger : Bon, il faut faire l'inventaire du magasin.

Le Nain : Et trouver la caisse.

Le Barbare : Et des armes.

L'Elfe : Moi je voudrais bien des sandales pour aller avec ma jupe verte.

La Magicienne : Je prends la robe de l'archimage, protection maximale contre le feu,

+4 contre les baguettes.

<Bruit> : La Magicienne enfile la robe de l'archimage.

L'Ogre : Glou glou !

Le Ranger : Qu'est-ce qu'il dit ?

La Magicienne : Il a trouvé la réserve de bière !

Le groupe : HAAAAAAA !

<Son> : Découverte d'un trésor.

L'Ogre : Bah doula !

La Magicienne : Mais... il refuse de partager...

Le groupe : HOOOOOOO...

<Son> : Déception.

<Musique> Ambiance tendue.

Le Ranger : Regardez, un coffre sous cette table !

L'Elfe : Génial !

Le Voleur : La serrure comporte une étiquette.

Le ain : Ouais ! C'est la même que ma clef !

Le Ranger : Super, donne-moi cette clef !

Le Nain : Pas la peine d'essayer d'me baiser ! C'est ma clef, alors c'est mon coffre !

Le Voleur : Mais, tu dois partager avec le groupe !

Le Nain : Je partage pas avec les Voleurs et les Elfes !

Le Ranger : Mais quel caractère de merde !

Le Barbare : Donne la clef !

Le Nain : Non !

<Bruit> : Le Barbare frappe le Nain.

Le Nain : Aïe !

Le Barbare : Donne la clef !

Le Nain : Non !

<Bruit> : Le Barbare frappe le Nain.

Le Nain : Aïe !

Le Barbare : Donne la clef !

Le Nain : Tiens, la voilà.

<Bruit> : Le Nain donne la clef au Ranger.

Le Voleur : Merci pour ta bienveillante coopération.

Le Nain : Connard !

Le Ranger : C'est moi qui l'ouvre !

L'Elfe : Je suis vraiment impatiente de voir ce trésor.

Le Ranger : Ca marche !

<Bruit> : Déclic de l'ouverture du coffre.

<Bruit> : Sortilège de Boule de Feu Géante.

Le groupe : Heuuuhaaaaaaaaaaarrg !

Le Nain : Haaaaa ! Mais merde ! Qu'est-ce-que c'est qu'ce truc ?

Le Voleur : Heeee... hehe... heee... hee...

Le Ranger : Et merde, une Boule de Feu Géante !

Le Nain : Putain, ma barbe a brûlé !

Le Voleur : J'ai perdu au moins deux points de vie !

L'Elfe : Moi aussi !

La Magicienne : Moi j'ai rien du tout ! Grâce à la robe de l'archimage, j'ai...

Le groupe : Ta gueule !

L'Ogre : Bladola toka toulos !

La Magicienne : Il dit que vous êtes stupides !

Le Ranger : Haaaaa, fait chier bordel !

L'Elfe : Regardez, dans le coffre !

Le Nain : Y'a une petite boîte.

Le Ranger : Qui est-ce qui va l'ouvrir ?

Le Barbare : Pas moi.

La Magicienne : Mais y'a jamais deux pièges à la suite !

Le Ranger : J'ai pas confiance dans tes statistiques.

Le Voleur : Je vais examiner cet objet...

Le Ranger : Attention, tu es déjà blessé.

Le Voleur : Il y a un trou ici dans le coin.

La Magicienne : Elle est piégée !

Le Voleur : C'est un lanceur de dards empoisonnés.

Le Nain : Ben il suffit de l'ouvrir en se tenant derrière la boîte.

Le Ranger : Donne, je vais l'ouvrir.

Le Voleur : Tiens.

Le Ranger : Et voilà.

<Bruit> : Déclic d'ouverture de la boîte et sifflement du dard.

La Magicienne : Au moins un truc qu'on a évité !

Le Voleur : Et qu'y a-t-il dans la boîte ?

Le Ranger : Un parchemin.

L'Elfe : Vas-y ouvre !

La Magicienne : C'est peut-être un nouveau sort pour moi !

<Bruit> : Le Ranger déplie le parchemin.

Le Ranger : Haaa, je sais lire ce language...

Le Nain : Alors ?

Le Ranger : Alors c'est écrit "Ha ha ha je vous ai bien niqués". C'est signé "Zangdar".

La Magicienne : On s'est fait avoir !

Le Barbare : Fait chier !

L'Elfe : Mais qui est ce Zangdar ?

Le Ranger : Sans doute le maître du donjon.

Le Nain : Il va m'le payer !

L'Ogre : Zogla !

Le Ranger : Et ben, on va dévaliser son magasin !

Le groupe : OUAIS !

<Son> : Découverte d'un trésor.

Le Ranger : On va écrire des gros mots sur les murs !

Le groupe : OUAIS !

<Son> : Découverte d'un trésor.

Le Ranger : Et on va égorger la Vendeuse !

Le groupe : OUAAAAIIIIIIIIS !!!

<Son> : Victoire.

Le Nain : Vengeance !

L'Elfe : Euh... La Vendeuse a disparu.

Le Voleur : Effectivement.

Le Nain : Elle ira pas loin, à poil dans un donjon.

Le Ranger : Imbécile, elle va sonner l'alerte !

Le Barbare : Baston !

Le Ranger : Prenez tout ce que vous pouvez, on remonte au croisement !

La Magicienne : Mais on a entendu des incantations tout à l'heure...

Le Voleur : C'était sûrement un leurre.

L'Elfe : Y'a rien d'autre à part ce magasin ?

Le Nain : Je crois que ce donjon va être plus coriace que prévu !

<Son> : Djingle de fin d'épisode.

 

 

 

4.  La cabane au fond du jardin  Laurent Gerra

I know, I know, French humour, scabreux. Also, very good listening practise.

Listen to it here.

Francis Cabrel sort un nouvel album – la sortie, c’est demain. Michel Drucker l’a interviewé pour nous.

 

Magnifique ! Francis Cabrel donc sort un nouvel album, il est magnifique. Francis a un parcours étonnant, c’est un personnage hors norme. Alors, Francis, quels sont les thèmes de ton nouvel album ?

 

Les cailloux… La rivière, et les cailloux au fond de la rivière. Et l’eau qui coule sur les cailloux. Et aussi la lune qui se reflète dans l’eau de la rivière qui coule sur les cailloux.

 

Magnifique ! Et à part ça, Francis ?

 

Les chemins… Les chemins pleins de cailloux qui mènent à la rivière.

 

Magnifique ! Quelle poésie ! Et à part ça Francis ?

 

Les arbres… les arbres au bord du chemin plein de cailloux qui mène à la rivière des cailloux du chemin, les cailloux de la rivière.

 

 Quelle imagination Francis ! C’est complètement différent de tes autres albums ! On comprend pas que t’as le temps pour le faire...  Et à part les cailloux, les arbres, le chemin, la rivière ? Est-ce qu’il a une autre thème que t’aborde ?

 

Les dames, encore… les dames qu’on amène sur le chemin envers les cailloux qui mène à la rivière, pour les piner sous les arbres. Mais attention… les cailloux ça fait mal au cul.

 

Alors, pour vous, chers auditeurs, un inédite de Francis Cabrel – La cabane.

 

La cabane au fond du jardin,

J’y vais quand j’en ai besoin.

C’est un charmant petit trou,

Tout entouré de cailloux.

Et il y a les mouches qui bourdonnent,

 Les abeilles qui frelonnent.

Y a pas de tout à l'égout

On fait tout sur les cailloux.

Pour se rincer la derrière

Il faut aller à la rivière

Ah oui, vraiment, je l’aime bien

Ma cabane au fond du jardin.

 

 

5  Jean Giraudoux La folle de Chaillot

I recommend French plays on DVD. You can borrow the text from a library, and reading the text of a play before watching the DVD is far, far better than reading subtitles in French. Don't try to read and run the DVD at the same time - apart from the impracticality, the text is always heavily cut. The following is an amended transcription.

Listen to it here.

La Folle de Chaillot

 

De Jean Giraudoux

 

Extrait

 

 

L’INCONNU.  Je m’appelle Roger van Hutten. Ce n’est pas mon nom. Je n’en ai pas. Je suis le fils d’un bandagiste d’Arras qui n’a pas voulu me reconnaître. De là ma carrière. Je me suis écarté de la vie où l’on vous réclame une carte d’identité, et suis entré dans celle où l’on s’en passe. Je me suis lié avec tous les objets qui n’en disposent pas non plus, allumettes belges, dentelles, et cocaïne. Livres spéciaux aussi. Dans toute vie d’aventurier, il est une période où il se fait entretenir par la lubricité humaine. Menacé par la police d’une identité gravée au fer sur ma propre peau, je gagnai Sumatra, où ma connaissance des échecs, jeu nationale de l’île, me valut d’un chef sa sympathie et sa fille, qui me donna un fils.  Je n’ai pas eu à le reconnaître. Là-bas, c’est le fils qui reconnaît son père, s’il le juge digne, à sa majorité. C’est en abusant de la confiance de mon épouse que je pus repérer un suintement pétrolifère, réputé sacré et défendu contre toute curiosité blanche, et le signaler au Lloyd, qui m’admit dans le personnel hautement considéré de ses prospecteurs. Ma femme passa pour le traître et périt empalée.

 

LE PRÉSIDENT. Prospecteur ! Vous êtes prospecteur !

 

LE BARON. La prospection, je comprends mal.

 

LE PRÉSIDENT.  La prospection, Baron, c’est la reine actuelle du monde ! C’est elle qui repère dans les entrailles de la terre cette encaisse de liquide ou de métal sur laquelle se fonde au plus fort le seul groupement humain que tolère notre époque, lasse des formes nationales ou patriarcales, la société anonyme. Monsieur le Prospecteur nous comble ! Il propose d’asseoir la nôtre sur un champ de prospection.

 

LE PROSPECTEUR.  Exactement.

 

LE PRÉSIDENT.  À Sumatra, sans doute ?

 

LE PROSPECTEUR.  Beaucoup plus près.

 

LE COULISSIER.  Au Maroc ?

 

LE PROSPECTEUR.  Plus près encore.  Mon titre vous le dit… À Paris…

 

LE PRÉSIDENT.  À Paris ? Vous situez des gisements au-dessous de Paris ?

 

LE COULISSIER. De l’or ?

 

LE BARON.  Du pétrole ?

 

LE PROSPECTEUR.  Que cherchez-vous, Messieurs, une nappe, un filon, ou un titre ?

 

LE COULISSIER. Un titre pour nos actionnaires. Un filon pour nous.

 

LE PRÉSIDENT.  Vous n’avez pas parlé au hasard, Prospecteur ? Le sous-sol parisien recèle des milliards ?

 

LE PROSPECTEUR.  J’en ai la conviction. Bien que personne n’en sache rien encore. Paris est le lieu le moins prospecté du monde !

 

LE BARON.  Inconcevable !

 

LE PRÉSIDENT. Indiquez-nous ce point de fouille, Prospecteur. Je connais une aide qui nous fournira le visa, fût-ce au centre des Tuileries.

 

LE PROSPECTEUR. Ici même…

 

LE BARON.  Ici même ? Dans Chaillot ?

 

LE PROSPECTEUR. Vous fréquentez les cafés de Chaillot, Baron ?

 

LE BARON.  Depuis trente ans. Non sans assiduité.

 

LE PROSPECTEUR.  Vous y avez goûté l’eau ?

 

LE BARON.  J’ai remis cette expérience.

 

LE PROSPECTEUR.  Le prospecteur est le dégustateur de l’eau. L’eau reste la grande dénonciatrice des secrets de la terre, et la plus belle source n’est qu’une trahison de ses entrailles.  Or, hier, à cette table même, j’ai frémi d’espoir à la première gorgée de l’eau de ma carafe. J’ai bu en second verre, un troisième, un cinquième. Je ne me trompais pas ! Mes papilles se dilataient sous le goût qui est la suprême caresse du prospecteur, le goût du pétrole !

 

 

 

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