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Week Three

The 12th July was the centenary of the rehabilitation of Alfred Dreyfus. The story of the injustice done to this Jewish captain of artillery, the lies and fabrications of the chiefs of the army, and the support given by intellectuals and artists, is massively important to the French.

1.  We start this with the Revue de presse of 12/7 given by Laetitia Gayet, and referring to Dreyfus.

2.  We have the text and the sound file for the great article of Émile Zola, J'accuse.

3.  We continue with Part III of Le donjon de Naheulbek

4. And to end, the final scene of a play which is a favourite of mine, Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand. Gérard de Depardieu and the director Rappeneau have introduced this work to a new and international audience. But you need to listen to it in French.

 

1.  Chronique France Inter. La Revue de presse européenne.

Listen to it here.

La revue de presse de Laetitia Gayet

12/07/06

 

"Lucie...

Ma douce Lucie...

Mes forces s'éteignent...

Tu seras sans doute très surprise... ma douce amie... qu'au

crépuscule d'une vie passée à se battre contre les traîtres de

la nation... contre celui qui avait sali l'uniforme de notre

grande muette...

je dévoile la vérité...

Je me suis battu pour que Dreyfus soit condamné... pour

l'armée et son image... pour la France et son honneur...

Jamais il ne me vint à l'esprit qu'il puisse être innocent...

Mon histoire est la même que celle d'Alfred Dreyfus...

celle d'un Juif qui cherche à tout prix à échapper à sa

condition de Juif"...

Cette lettre est celle d'Arthur Meyer...

ou plutôt...

les dernières confessions du patron du "Gaulois"... journal

anti-dreyfusard... imaginées par Dorothée

Bisaccia-Bernstein... secrétaire à la conférence du barreau de

Paris... dans le supplément du Figaro sur le centenaire de la

réhabilitation de l'affaire Dreyfus...

Aujourd'hui... Jacques Chirac rendra hommage à l'officier

accusé à tort de trahison...

Un complot institutionnalisé raconté par Jacques de

Saint-Victor... toujours dans le supplément du Figaro...

Nous sommes dans l'après-guerre contre l'Allemagne en 1870...

Les fureurs antisémites se déchaînent...

La France n'aspire qu'à prendre sa revanche...

Avec l'affaire Dreyfus naîtra une division... entre les

intellectuels dreyfusards type Zola...

et ceux pour qui l'armée et la justice ne pouvaient avoir

tort...

La Croix et l'Humanité y consacrent également de nombreuses

pages...

L'Huma donne la parole aux historiens...

Pour le biographe Vincent Duclert... Dreyfus est un symbole de

résistance...

La Croix... de son côté... s'intéresse à l'hommage...

En 94... écrit Emmanuelle Réju... lors du centenaire de la

condamnation... les hommages ont été discrets... Pas de manifs

officielles...

Seul fait marquant...

la statue de Dreyfus déplacée du jardin des Tuileries dans un

square du 6ème arrondissement de Paris...

Nombreux étaient ceux qui voulaient une panthéonisation

d'Alfred Dreyfus... mais Jacques Chirac a préféré l'Ecole

militaire de Paris...

Un choix justifié... selon l'historien Henri Rousso...

toujours dans La Croix...

"Dreyfus est une victime...

Le Panthéon est le lieu des héros de la République"...

Jacques Chirac... selon lui... a pris la mesure de l'évolution

de la société française...

Il incarne une rupture par rapport à ses prédécesseurs...

Et Pierre Taribo dans l'Est Républicain confirme... "Le chef

de l'Etat n'est jamais aussi bon et convaincant que lorsqu'il

fait passer sur le pays le souffle de l'Histoire...

quand il rappelle à la nation... que même perdu dans des

lointains historiques... le passé sert à la fois d'alerte et

de pédagogie"...

 

Jacques Chirac sera grand aujourd'hui...

mais qui voudra de lui vendredi... lors de la traditionnelle

interview du 14 juillet ?...

Dans le Canard Enchaîné... Frédéric Pagès s'amuse ce matin...

à faire le parallèle avec les déclarations attendues de Zidane

sur son coup de sang sur Materazzi dimanche dernier à

Berlin...

"Rarement... dit-il... une nation aura été suspendue aux

lèvres d'un seul homme...

mais l'orateur que la France attend n'est pas Chirac dont on

se tamponne...

C'est Zidane...

Avec la solennité qui s'impose... le dieu redevenu homme fera

le bilan du Mondial et tracera les perspectives du football

français...

Et le président Zizou révèlera enfin à tous les terriens les

raisons de son coup de boule mythique...

Pas simple comme exercice... continue Frédéric Pagès...

Comment en effet répéter les insultes de l'odieux Materazzi

sans être soi-même vulgaire ?"...

Bref... on préfère le numéro 10 au numéro 1...

Après tout... président Zirac...

Quand on joue en équipe de France... le banc des remplaçants

n'a rien d'infâmant...

"De toute façon... se demande Eric Mandonet dans l'Express...

Jacques Chirac est-il encore audible quand il parle ?...

Depuis quelque temps... sa parole porte de plus en plus

rarement...

En fait... à chaque fois qu'il s'exprime...

ses propos sont éclipsés...

On se souvient de la lâcheté de Dominique de Villepin à propos

de François Hollande... le jour de l'inauguration du musée du

Quai Branly"...

 

Donc... qu'il le veuille ou non... l'homme du jour... c'est

toujours Zidane...

Mais cette fois-ci... à défaut d'être sûr... comme on sait un

peu mieux ce qui a provoqué son coup de boule...

eh bien chacun y va de son chapelet...

Il y avait les Dreyfusards et les anti...

Ce matin... dans les journaux... il y a les anti et les pro

coup de boule...

A lire dans France Soir... la tribune de Gilbert Collard...

qui parle de "grandiose coup de tête"...

"Zidane... explique l'avocat... a agi en homme d'honneur...

Les injures constituent sur un stade une infraction"...

Dans la République du Centre... Jacques Camus écrit au

contraire... son ras-le-bol du coup de tête de Zidane...

"Ras-le-bol de justifier l'injustifiable...

Voilà... dit-il... qu'il faudrait faire d'un geste d'une

vulgarité absolue une sorte d'acte de bravoure insensé"...

Et Vincent Monnier d'ajouter page 43 du Nouvel Obs...

"Ils avaient dit "on meurt ensemble"...

Mais Zidane a préféré mourir tout seul... 10 minutes avant les

autres...

C'était vache...

C'est encore plus vache puisqu'on n'a même pas le droit de le

détester parce qu'il est Lui"...

Et France Soir de montrer... photos à l'appui... les violences

dont Materazzi est coutumier sur le terrain...

C'est le Progrès en fait... qui tranche entre les pro et les

anti coup de boule...

"Notre monde est fou...

C'est une connerie dont Zidane s'excusera... forcément... et

pas Materazzi...

On s'attend encore à de nouvelles réactions...

Mais aux dernières nouvelles... conclut Francis Brochet...

notre diplomatie devrait éviter une guerre avec l'Italie"...

Le Parisien... lui... ne tranche pas...

Pas une ligne sur les 10 pages qui racontent dans un album

souvenir l'inoubliable génération Zidane... 1994-2006...

 

On parlait de guerre tout à l'heure... sur le terrain de

foot...

celle qui se déroule actuellement sur le terrain du terrorisme

est beaucoup plus grave...

Pourtant... les journaux se font plutôt discrets sur les

attentats de Bombay hier...

Seul Ouest-France... l'Indépendant ou encore le Figaro en font

leur une...

"Il faut le reconnaître... écrit Patrice Chabanet dans le

Journal de la Haute-Marne...

le 11 septembre a ouvert dans l'horreur une nouvelle forme de

guerre généralisée que l'on parvient à contenir sans pouvoir y

mettre un terme...

Ce qui est arrivé hier à Bombay... peut se produire dans

n'importe quelle partie du globe...

La menace terroriste est plus forte que ne l'était en son

temps la menace soviétique...

Elle se concrétise en permanence"...

 

Il n'y a donc plus de menace soviétique...

Pourtant... l'homme qui accueillera samedi... le sommet du G8

à Saint-Petersbourg... est un vrai manipulateur...

Dans le Nouvel Obs... Vincent Jauvert raconte ce parrain de

toutes les Russies...

"Poutine... dit-il... s'est imposé à la table des grands avec

une facilité déconcertante...

Chirac et Bush... si souvent en désaccord... ne tarissent pas

d'éloges à son endroit...

Une journaliste russe le décrit même comme un prodigieux

caméléon...

mais ce savoir-faire d'espion n'explique pas tout...

Et le point de vue de Thomas Gomard dans Les Echos... rejoint

celui du journaliste du Nouvel Observateur...

"L'homme a besoin de reconnaissance et de crédibilité

internationales...

Après avoir eu un pays terrassé par la crise financière de

98... il se retrouve aujourd'hui... quasi désendetté et au

coeur des recompositions énergétiques...

La Russie utilise ses réserves de gaz et de pétrole pour

rembourser sa dette...

Et pour aussi valoriser ses positions intermédiaires... sur

l'Iran notamment...

La Russie ne cherche pas à adopter le comportement de ses

camarades...

elle existe en se distinguant"...

"Poutine profite de la vague anti-américaine... reprend

Vincent Jauvert dans le Nouvel Obs...

C'est un obsédé du contrôle ayant une curieuse idée de la

démocratie...

Tout remonte au Kremlin grâce à une poignée de fidèles...

Les opposants n'ont qu'à bien se tenir"...

Mikhail Kassianof... son ancien Premier ministre... rêve d'une

révolution orange à l'urkrainienne...

Le Kremlin a déjà fait savoir qu'il s'opposerait par tous les

moyens à une révolution... même pacifique...

Et preuve qu'on muselle bien l'opposition...

Le Kremlin vient d'adopter des lois pour interdire tout appel

à la désobéissance civile...

 

La désobéissance civile... le Réseau d'éducation sans

frontières la prône en quelque sorte... en soutenant les

parrainages de familles sans-papiers...

C'est bien simple... pour Libération...

Sarkozy est piégé par sa loi...

Ce matin... le quotidien explique en quatre pages...

pourquoi... selon lui... Sarkozy se perd dans ses papiers...

Pour les familles dont les enfants sont scolarisés en France

et qui attendent une régularisation... c'est une angoisse au

quotidien...

Pour Sarkozy... candidat à la présidentielle... c'est un

dossier sur lequel un faux-pas peut être meurtrier...

"Le ministre de l'Intérieur est coincé entre fermeté et

humanité...

Quand une porte ne peut être ni ouverte ni fermée... le

portier a forcément l'air ridicule"... écrit Gérard Dupuy...

La réunion euro-Afrique de Rabat montre l'incompréhension...

malgré de bonnes paroles... entre pays du Nord soucieux de se

colmater... quitte à payer un peu... et ceux du Sud pour qui

l'émigration reste une chance...

"L'élan de générosité qui s'est développé de manière spontanée

a démenti... toujours selon Gérard Dupuy... l'hostilité qu'on

prête aux Français contre les immigrés illégaux"...

Pourtant... si l'on en croit ce dossier passionnant de

Télérama ce matin...

il a de tout temps été difficile pour un étranger de devenir

français...

Petit rappel historique... le terme de nationalité a été

employé pour la première fois en 1807... dans un roman de

Madame de Staël...

Quant aux étrangers vivant en France... ils ne sont

enregistrés qu'à partir de 1893...

La loi fondatrice sur la nationalité sera écrite en 1889...

"Appartenir au peuple français sous la IIIème République...

c'est avant tout être un citoyen prêt à faire la guerre"...

explique Gérard Noiriel... historien de l'immigration...

Décidément... ils ont tous été sollicités aujourd'hui...

Peu importe l'ethnie ou la couleur de peau...

l'important... c'est la loyauté...

Le journaliste de Télérama Thierry Leclerc... poursuit son

enquête sur "qu'est-ce qu'être français ?"...

et il raconte...

"Depuis un siècle... l'étranger qui demande la nationalité

française a toujours été traité comme un suspect potentiel...

menaçant de manger le pain des Français...

Même si on a appelé des bras et fabriqué des Français pour

faire tourner l'économie...

chaque crise a été l'occasion d'un durcissement du droit de la

nationalité"...

Alors finalement... qu'est-ce qu'être français?...

Un sociologue... Patrick Weill... rien à voir avec vous,

Pierre...

a écrit un livre de 640 pages sur le sujet...

Sa définition a le mérite d'être simple...

"Est français celui dont l'Etat dit qu'il est français"...

640 pages pour en arriver là... il fallait le faire !...

 

Il faudra moins de 640 pages à l'Express pour décrypter en

revanche... les nouveaux codes de l'amour...

C'est l'été... Tous les hebdos s'y mettent...

Alors... comme tout le monde est impatient... je vais vous

dire quels sont ces nouveaux codes...

Il paraît qu'il est de bon ton d'avoir un "fucking friend"...

Désolée pour la trivialité du propos mais c'est comme ça qu'on

dit à New York...

Un "fucking friend"... c'est un ami gentil... serviable... pas

collant du tout et qui fait l'amour quand vous le voulez...

"L'amour aujourd'hui... écrit Marie Huret... c'est le culte de

l'épanouissement... la volonté d'être reconnu pour ce que l'on

est...

Qu'importe si l'homogamie résiste...

il n'y a plus un amour mais des amours...

A chacun de trouver son code...

Parmi ceux recensés par la journaliste et qui font un tabac...

les "cuddle parties"... top de la branchitude à New York... en

Allemagne... en Suisse et aux Pays-Bas...

Tous en pyjama... étalés sur des matelas... et des câlins à

gogo mais sans sexe...

Je vous souhaite un bon réveil...

Bonne journée...

 
 

 

2.  Émile Zola, J'accuse

The whole piece is too long to reproduce here, but this will give you the flavour..

Listen to it here.

Emile Zola,

L'Aurore (1898)

"J'accuse…"

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil

que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste

gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici,

est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez

conquis les cœurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de

cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France,

et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre

Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de

travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur

votre nom – j’allais dire sur votre règne – que cette abominable

affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser

acquitter Esterhasy, soufflet suprême à toute vérité, à toute

justice. Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure,

l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime

social a pu être commis.

Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai,

car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie,

ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je

ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le

spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des

tortures, un crime qu’il n’a pas commis.

Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette

vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour

votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc

dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce

n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.

Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c’est le

lieutenant-colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il

est l’affaire Dreyfus tout entière ; on ne la connaîtra que

lorsqu’une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses

responsabilités. Il apparaît comme l’esprit le plus fumeux, le

plus compliqué, hanté d’intrigues romanesques, se complaisant aux

moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres

anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes

mystérieuses qui colportent, de nuit, des preuves accablantes.

C’est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus ; c’est lui

qui rêva de l’étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces

; c’est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé

d’une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de

l’accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de

lumière et surprendre ainsi son crime, dans l’émoi du réveil. Et

je n’ai pas à tout dire, qu’on cherche, on trouvera. Je déclare

simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d’instruire

l’affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l’ordre

des dates et des responsabilités, le premier coupable de

l’effroyable erreur judiciaire qui a été commise.

Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du

colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort

depuis de paralysie générale. Des « fuites » avaient lieu, des

papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd’hui encore

; et l’auteur du bordereau était recherché, lorsqu’un a priori se

fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu’un officier de

l’état-major, et un officier d’artillerie : double erreur

manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié

ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu’il ne pouvait

s’agir que d’un officier de troupe.

On cherchai t donc dans la maison, on examinait les écritures,

c’était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans

les bureaux mêmes, pour l’en expulser. Et, sans que je veuille

refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty

de Clam entre en scène, dès qu’un premier soupçon tombe sur

Dreyfus. A partir de ce moment, c’est lui qui a inventé Dreyfus,

l’affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le

traître, de l’amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre

de la Guerre, le général Mercier, dont l’intelligence semble

médiocre ; il y a bien le chef de l’état-major, le général de

Boisdeffre, qui paraît avoir cédé à sa passion cléricale, et le

sous-chef de l’état- major, le général Gonse, dont la conscience a

pu s’accommoder de beaucoup de choses. Mais, au fond, il n’y a

d’abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui

les hypnotise, car il s’occupe aussi de spiritisme, d’occultisme,

il converse avec les esprits. On ne saurait concevoir les

expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les

pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes

folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence

torturante.

Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la

connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam

arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la

terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant

ce temps, le malheureux s’arrachait sa chair, hurlait son

innocence. Et l’instruction a été faite ainsi, comme dans une

chronique du XVe siècle, au milieu du mystère, avec une

complication d’expédients farouches, tout cela basé sur une seule

charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n’était pas seulement

une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des

escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque

tous sans valeur. Si j’insiste, c’est que l’œuf est ici, d’où va

sortir plus tard le vrai crime, l’épouvantable déni de justice

dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt

comment l’erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est

née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le

général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s’y

laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilité dans cette

erreur, qu’ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité

sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n’y a

donc, de leur part, que de l’incurie et de l’inintelligence. Tout

au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et

aux préjugés de l’esprit de corps. Ils ont laissé faire la

sottise.

Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le

plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à

l’ennemi pour conduire l’empereur allemand jusqu’à Notre-Dame,

qu’on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus

étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits

terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l’histoire;

et naturellement la nation s’incline. Il n’y a pas de châtiment

assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle

voudra que le coupable reste sur son rocher d’infamie, dévoré par

le remords. Est-ce do nc vrai, les choses indicibles, les choses

dangereuses, capables de mettre l’Europe en flammes, qu’on a dû

enterrer soigneusement derrière ce huis clos ? Non ! il n’y a eu,

derrière, que les imaginations romanesques et démentes du

commandant du Paty de Clam. Tout cela n’a été fait que pour cacher

le plus saugrenu des romans--feuilletons. Et il suffit, pour s’en

assurer, d’étudier attentivement l’acte d’accusation, lu devant le

conseil de guerre.

Ah ! le néant de cet acte d’accusation ! Qu’un homme ait pu être

condamné sur cet acte, c’est un prodige d’iniquité. Je défie les

honnêtes gens de le lire, sans que leur cœurs bondisse

d’indignation et crie leur révolte, en pensant à l’expiation

démesurée, là-bas, à l’île du Diable. Dreyfus sait plusieurs

langues, crime ; on n’a trouvé chez lui aucun papier

compromettant, crime ; il va parfois dans son pays d’origine,

crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime ; il

ne se trouble pas, crime ; il se trouble, crime. Et les naïvetés

de rédaction, les formelles assertions dans le vide ! On nous

avait parlé de quatorze chefs d’accusation : nous n’en trouvons

qu’une seule en fin de compte, celle du bordereau ; et nous

apprenons même que les expert n’étaient pas d’accord, qu’un d’eux,

M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu’il se permettait

de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de

vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs

témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il

est certain que tous ne l’avaient pas chargé ; et il est à

remarquer, en outre, que tous appartenaient aux bureaux de la

guerre. C’est un procès de famille, on est là entre soi, et il

faut s’en souvenir : l’état-major a voulu le procès, l’a jugé, et

il vient de le juger une seconde fois.

Donc, il ne restait que le bordereau, sur lequel les experts ne

s’étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du

conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et, dès lors,

comme l’on comprend l’obstination désespérée avec laquelle, pour

justifier la condamnation, on affirme aujourd’hui l’existence

d’une pièce secrète, accablante, la pièce qu’on ne peut montrer,

qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le

bon Dieu invisible et inconnaissable ! Je la nie, cette pièce, je

la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être

la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé

d’un certain D... qui devient trop exigeant : quelque mari sans

doute trouvant qu’on ne lui payait pas sa femme assez cher. Mais

une pièce intéressant la défense nationale, qu’on ne saurait

produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C’est

un mensonge ! et cela est d’autant plus odieux et cynique qu’ils

mentent impunément sans qu’on puisse les en convaincre. Ils

ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion,

ils ferment les bouches en troublant les cœurs, en pervertissant

les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique.

Voilà donc, monsieur le Président, les faits qui expliquent

comment une erreur judiciaire a pu être commise ; et les preuves

morales, la situation de fortune de Dreyfus, l’absence de motifs,

son continuel cri d’innocence, achèvent de le montrer comme une

victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de

Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux «

sales juifs », qui déshonore notre époque.

Et nous arrivons à l’affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés,

beaucoup de consciences restent troublées profondément,

s’inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de

l’innocence de Dreyfus.

 

 

3. Le Donjon de Naheulbeuk Part III

 

Listen to it here.

 

Copyright Pen of Chaos.

 

Le Donjon de Naheulbeuk - Episode 03 - L'Escalier vers le Second Niveau.

<Musique> : Ambiance étrange.

Le Ranger : Je vais passer devant comme d'habitude. Faut toujours tout faire ici.

L'Ogre : EKeellee azerhof.

Le Ranger : Qu'est-ce qu'il dit ?

La Magicienne : Il dit qu'il veut bien passer devant.

Le Ranger : Ha non il est incapable de marcher silencieusement !

Le Nain : Alors faut pas te plaindre !

Le Ranger : Ca va, ça va..

La Magicienne : J'ai une idée. Je vais lancer un sort de détection pour savoir

s'il y a des ennemis en bas de l'escalier.

Le Barbare : Super...

<Bruit> : La Magicienne fouille dans son sac.

Le Ranger : Allez lance-le ton sort si ça t'amuse.

La Magicienne : J'ai ça dans le livre...

<Bruit> : La Magicienne feuillette son grimoire.

La Magicienne : Alors rôtir un poulet... coudre une chaussette... éloigner sa belle-mère...

Le Ranger : Alors ça vient ?

La Magicienne : Oui, oui, je connais pas cette formule, je dois chercher

dans mon livre de sorts.

Le Nain : Le temps que tu trouves les ennemis seront morts de vieillesse !

La Magicienne : Ca y est ! Détecter les Ennemis en Bas des Escaliers !

Le Barbare : J'en ai plein le cul !

Le Ranger : Allez dépêche-toi !

<Echo> : La Magicienne : Aflaaaadanal zwadoooh !

<Bruit> : Sortilège de Detection d'Ennemis.

<Musique> : Ambiance magique.

Le Ranger : Elle est sûrement en communication avec un autre monde.

La Magicienne : Je vois... je vois...

La Magicienne : Un aventurier avec une cape grise... je vois une femme toute vêtue de vert

avec les oreilles pointues.... je vois un Barbare et une espèce de nabot

avec un casque en fer... je vois une grande créature avec un pagne...

je vois...

<Bruit> : Interruption de la concentration.

Le Ranger : Te fatigues pas, c'est notre groupe que tu vois.

Le Nain : Et t'as oublié une Magicienne complètement nase !

<Musique> : Ambiance Etrange.

La Magicienne : Désolée, il y a beaucoup d'interférences ici.

Sûrement une puissante magie à l'oeuvre !

Le Voleur : En tout cas, nous avons constaté l'efficacité de la tienne.

La Magicienne : Mhhh

Le Ranger : Bon c'est pas grave je vais descendre en premier en utilisant

ma compétence naturelle pour le déplacement silencieux.

Le Nain : Fais gaffe, les escaliers sont glissants.

Aventurier : Bon, j'y vais, on va bien voir. Passez-moi une torche !

<Bruit> : Le Ranger prend une torche.

Le Nain : Excusez-moi, mais j'vais pisser.

Le Ranger : Je vais doucement, ça glisse...

<Bruit> : Le Nain se débraguette et pisse.

Le Barbare : J'en ai marre.

L'Elfe : Tu vois quelque chose dans l'escalier ?

Le Ranger : C'est comme si... quelqu'un avait vomi par terre !

La Magicienne : Mais fais pas de manières, avance donc !

Le Ranger : Mais ouais, mais j'ai pas envie de me...

<Bruit> : Le Ranger tombe dans l'escalier.

Le Ranger : Aïe... ahe...hee... mais...mais...mais merde...aïe...haaa...

L'Elfe : Attention !

<Bruit> : Le Ranger touche le sol.

<Echo> : Le Ranger : Aïe !

<Bruit> : Le Nain referme sa braguette.

<Echo> : Le Ranger : Heuaaaaheuuuu...

Le Nain : Ca va ?

<Echo> : Le Ranger : Y'a une porte en bas.

Le Voleur : Et alors ?

<Echo> : Le Ranger : Et alors elle est fermée, merde !

Le Voleur : Je l'avais bien dit, on n'a pas encore visité le niveau.

Le Nain : Hey, tu peux pas ouvrir la porte au lieu de raconter des conneries ?!

C'est toi l'Voleur !

Le Voleur : Bon, je descends, pas la peine de t'énerver.

<Echo> : Le Ranger : Ca glisse !

<Bruit> : Le Voleur tombe dans l'escalier.

Le Voleur : Haaaaaaaïïïaeuh...haaaaheeeehaaa !

<Bruit> : Le Voleur touche le sol.

<Echo> : Le Voleur : Ouch !

<Echo> : Le Ranger : Aïeuh ! Il m'a mis son pied dans l'oeil ce con !

La Magicienne : On est cerné par les incapables ici !

Le Nain : Tu veux qu'on r'parle de ta magie ?

L'Ogre : Huh huh !

Le Barbare: Et alors ?

<Echo> : Le Voleur : Attendez, j'examine la porte !

<Echo> : Le Voleur : Vous allez rire, il n'y a pas de serrure !

Impossible d'utiliser mes talents.

Le Nain : Bordel, on va pas passer la nuit sur une putain de porte ! J'y vais !

<Echo> : Le Ranger : Ca glisse !

<Bruit> : Le Nain tombe dans l'escalier.

Le Nain : Haa... aïe... haaaa... ouch...ouh...

<Bruit> : Le Nain touche le sol.

<Echo> : Le Nain : Haahee !

<Echo> : Le Ranger et le Voleur : Aïeuh !

L'Elfe : Ah, il est aussi empoté que les autres !

<Musique> : Ambiance d'action.

<Echo> : Le Nain : Vous allez voir comment on ouvre une porte !

<Bruit> : Le Nain frappe la porte avec sa hache.

La Magicienne : Mais ça fait un boucan du diable !

<Echo> : Le Ranger : Mais ? Donne-moi cette hache !

<Bruit> : Le Nain arrache les planches de bois de la porte.

<Echo> : Le Nain : Voilà !

<Echo> : Le Ranger : Et merde, tu veux sonner l'alerte ?

<Echo> : Le Nain : C'est déjà fait, cette connasse d'Elfe a frappé à la porte.

L'Elfe : Je t'emmerde, péquenot.

Le Barbare : Et comment c'est en bas ?

<Echo> : Le Ranger : Une grande salle avec un couloir. Venez !

La Magicienne : Il faut descendre avec prudence...

<Bruit> : La Magicienne, le Barbare, l'Elfe et l'Ogre tombent dans les escaliers.

La Magicienne, le Barbare, l'Elfe et l'Ogre : Aïe... haaaa... ouch...heeee.haaa...aïehahou...

<Bruit> : La Magicienne, le Barbare, l'Elfe et l'Ogre touchent le sol.

<Echo> : La Magicienne, le Barbare, l'Elfe et l'Ogre : Aheee

<Echo> : Le Nain : Aïe !

<Echo> : Le Ranger et le Voleur : Aïeuh !

Le Ranger : Ca va ?

Le Barbare : Bof.

La Magicienne : Ouais.

L'Elfe : Ca va... je crois que j'me suis tordu la cheville ! Hiii...hiii...hiii...

Le Ranger : Ah, bravo !

Le Nain : Ah, t'es vraiment un boulet !

La Magicienne : Je vais te faire un soin des blessures légères.

L'Elfe : Euh, je n'suis pas sûre que...

La Magicienne : Mais si, bouge pas...

<Bruit> : Sortilège de Soin.

La Magicienne : Et voilà !

L'Elfe : Merci mais... c'était l'autre jambe.

La Magicienne : Et galère !

<Bruit> : Sortilège de Soin.

L'Elfe : Ha, je m'sens super bien !

La Magicienne : Maintenant, tu as deux chevilles neuves !

Le Ranger : Si ça ne vous ennuie pas, on pourrait avancer ?

L'Ogre : Gnagof dzo kagoula

Le Nain : Quoi ?

La Magicienne : Il dit qu'il a vu des choses bouger dans l'ombre...

<Son> : Djingle de fin d'épisode.

 

4  Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Act V, Scene VI

I have tried to capture the (heavy) amendments made by the modern version.

Listen to it here.

 

 

Cyrano de Bergerac

 

De Edmond Rostand

 

Cinquième Acte

Scène VI

 

 

CYRANO, ROXANE, LE BRET ET RAGUEANEAU

 

LE BRET

Cyrano, tu est là.

 

CYRANO, souriant et se redressant

                                                           Tiens, bonsoir, mes amis !

 

LE BRET

Il s’est tué, Madame, en venant jusqu'ici !

 

ROXANE

                                                                       Grand Dieu !

Mais tout à l’heure alors… cette faiblesse ?... cette ?...

 

CYRANO

C’est vrai ! je n’avais pas terminé ma gazette :

… Et samedi soir, vingt-six, une heure avant dîné,

Monsieur de Bergerac est mort assassiné.

                                                           Il se découvre ; on voit sa tête entourée de linges.

 

ROXANE

 

Quoi? Que vous a-t-on fait?

 

CYRANO

Le destin est railleur !...

Moi qui toujours voulait tomber la pointe au cœur ! 

Et voilà que je suis tué dans un embûche,

Par-derrière, par des laquais, d’un coup de bûche !

C’est très bien. J’aurai tout manqué, même ma mort.

 

RAGUENEAU

Ah ! Monsieur !...

 

CYRANO

                        Ragueneau, ne pleure pas si fort !...

 

ROXANE

Va chercher de l'aide.

 

CYRANO

Non ! non !  N'y allez pas. Quand vous reviendrez

Je ne serais plus là.

                                                                                  Il  tend la main à Ragueneau.

Qu’est-ce que tu deviens, maintenant, mon confrère ? Tu n'est plus pâtissière?

 

RAGUENEAU

Non, je suis chez Molière. Les amis m'ont ruiné.

 

CYRANO

Et ta femme a partie? Molière! Que fais-tu dans cette compagnie?

 

RAGUENEAU

Moucheur de chandelles. Oh !  je le quitte demain ;

Oui, je suis indigné !... Hier, on jouait Scapin,

Et j’ai vu qu’il a vous pris une scène !

 

LE BRET

 

                                                           Entière !

 

RAGUENEAU

Oui, Monsieur, le fameux : « Que diable allait-il faire ?... »

 

LE BRET furieux

Molière te l’a pris !

 

CYRANO

                        Chut ! chut ! Il a bien fait…

                                                                                  À Ragueneau

La scène, n’est-ce pas, produit beaucoup d’effet ?

 

RAGUENEAU, sanglotant

Ah, Monsieur, on riait ! on riait !

 

CYRANO

                                                           Oui, ma vie

Ce fut d’être celui qui souffle, - et qu’on oublie !

                                                                                              À Roxane

Vous souvient-il du soir où Christian vous parla

Sous le balcon ? Eh bien, toute ma vie est là ;

Pendant que je restais en bas, dans l’ombre noir,

D’autres montaient cueillir le baiser de la gloire !

C’est justice, et j’approuve au seuil de mon tombeau :

Molière a du génie et Christian était beau !

                        À ce moment, la cloche de la chapelle ayant tinté, on

                        voit passer au fond, dan l’allée, les religieuses se rendant

                        à l’office.

 

ROXANE

Ma sœur ! ma sœur ! Venez !

 

CYRANO, la retenant

                                   Non ! non ! n’appelez personne.

Qu’elles aillent prier puisque leur cloche sonne !

ROXANE

J’ai fait votre malheur ! Moi ! Moi !

                       CYRANO

                                                           Vous ? … au contraire !

J’ignorais la douceur féminine. Ma mère

Ne m’a pas trouvé beau. Je n’ai pas eu de sœur.

Plus tard, j’ai redouté l’amante à l’oeil moqueur.

Je vous dois d’avoir eu, tout au moins, une amie.

Grâce à vous une robe a passé dans ma vie.

 

ROXANE

Je vous aime. J'y vais...

 

CYRANO

Il est trop tard, cousine !

 

CYRANO

Je vais monter là-haut, dans la lune opaline,

Plus d’une âme que j’aime y doit être exilée,

Et je retrouverai Socrate et Galilée !

Philosophe, physicien,

Rimeur, bretteur, musicien,

Et voyageur aérien,

Grand riposteur du tac au tac,

Amant aussi – pas pour son bien ! –

Ci-gît Hercule-Savinien

De Cyrano de Bergerac

Qui fut tout, et qui ne fut rien,

… Mais je m’en vais, pardon, je ne peux pas faire attendre :

Vous voyez, le rayon de la lune vient me prendre 

Ne me soutenez pas ! … Non !

Il va s’adosser à l’arbre.

                                                                       Rien que les arbres !

                                                                                                          Silence.

Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre

-          Ganté de plomb !

Il se raidit.

                                               Oh ! mais ! … puisqu’elle est en chemin,

Je l’attendrai debout,

                                                                                                          Il tire l’épée.

                                   et l’épée à la main !

                                                                                              Il lève son épée.

Que dites-vous ?... C’est inutile ?... Je le sais !

Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !

Non ! non ! c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !

- Qu’est-ce que c’est que tous ceux-là ? Vous êtes mille ?

Ah !     je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !

Le Mensonge ? Les Lâchetés !...  Les Compromis,

                                                                                  Il frappe de son épée le vide.

Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ;          

N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !

                                               Il fait des moulinets immenses et s’arrête haletant.

Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !

Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose

Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,

Mon salut balaiera largement le seuil bleu,

Quelque chose que sans un pli, sans une tache,

J’emporte malgré vous,

                                                                       Il s’élance l’épée haute.

                                               et c’est…

                                               L’épée s’échappe de ses mains, il chancelle,

                                               Tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.

 

ROXANE se penchant vers lui et

Lui baisant le front.

                                                           C’est ?...

CYRANO, rouvre les yeux, la reconnaît

et dit en souriant.

                                                                       Mon panache.

 

RIDEAU

 

                                                          

 

 

 
 
 

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