Je vous avais promis Paris pour vous seul. Des heures décalées, une journée au fil de la mémoire. Nous aurions commencé à l'aube, face aux grands territoires de la ville - perchés sur une colline - très haut ! Pour mesurer l'immensité des pierres accumulées par le temps vous auriez vu, d'abord, un paysage que nous pratiquons peu, mais que chaque habitant porte en lui un sentiment géographique toujours là dans les profondeurs de la conscience, et qui nous fait comme une terre natale impossible à quitter longtemps. Vous seriez arrivé dans la nuit, avant l'aube, juste à temps pour voir le jour se lever à Montmartre, sans la foule des touristes qui met ce lieu mythique à l'écart de nos vies. Une heure bleue, si douce à Paris que Guerlain en fit un parfum. Le paysage est alors inondé de cette couleur de brume qui semble unir le ciel aux toits de la ville, à la matière de zinc et d'ardoise qui dominent l'architecture à cet océan gris qui brille au reflet les saisons Et puis, d'un bond, nous aurions grimper l'escalier des tours de Notre-Dame pour décider d'un parcours, et prouver les distances par le regard, et faire ainsi comme un tour du propriétaire, avant d'arpenter les rues de la ville, et sentir l'heureuse fatigue des promeneurs inlassables. Paris est une carte à déchiffrer, un peu mystérieuse, où l'on peine à repérer ce qui va orienter la traversée à part le fleuve qui semble faire de la nef de Notre-Dame comme un bateau pour le voyage de Paris. On aperçoit peut à peu des palais, des églises, une Tour Eiffel. Et tandis que la ville peu à peu s'agite, vous auriez senti en vous une fébrilité, un impatient désir d'y aller voir de plus près. Je suis le dauphin de la place Dauphine Et la place Blanche a mauvaise mine. Les camions sont pleins de lait. Les balayeurs sont plein de balais. Il est cinq heures. Paris s'éveille. Les travestis vont se raser. Les stripteaseuses sont rhabillées. Les traversins sont écrasés. Les amoureux sont fatigués. Il est cinq heures. Paris s'éveille. Le café est dans les tasses. Les cafés nettoient leurs glaces Et sur le boulevard Montparnasse La gare n'est plus qu'une carcasse. Il est cinq heures. Paris s'éveille. Les banlieusards sont dans les gares. À la Villette on tranche le lard. Paris by-night regagne les cars. Les boulangers font des bâtards. Il est cinq heures. Paris s'éveille. La Tour Eiffel a froid aux pieds. L'Arc De Triomphe est rallumé Et l'Obélisque est bien dressé Entre la nuit et la journée. Il est cinq heures. Paris s'éveille. Les journaux sont imprimés. Les ouvriers sont déprimés. Les gens se lèvent, ils sont brimés C'est l'heure où je vais me coucher. Il est cinq heures. Paris se lève. Il est cinq heures. Je n'ai pas sommeil.