'J'étais une petite fille qui s'est construit un monde comme beaucoup d'enfants, et qui s'y était enfermée. Dans ce monde j'étais pianiste chantante. J'avais tambouriné sur une table des musiques que je scandais au miaulé infatigablement. Mes mains se posaient, s'agitaient au-dessus d'un clavier imaginaire, et durant des longues heures, j'étais la plus grande pianiste du monde' Et mon sarrau du dimanche Contre de la moire. Et ce besoin.... Barbara est née pour le public. Sur les quais de Seine, à l'Écluse, Quai des Grands-Augustins, fin des années '50. C'est dans ce cabaret que tout a commencé ...J'ai quitté le vieux domaine Où mes rêves agonisaient... Voilà combien de temps que tu es reparti, Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage, Pour nos coeurs déchirés, c'est le dernier naufrage, Au printemps, tu verras, je serai de retour, Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour, Nous irons voir ensemble les jardins refleuris, Et déambulerons dans les rues de Paris, Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus, J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours, J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour, Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir, Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs, Je reprendrai ma route, le monde m'émerveille, J'irai me réchauffer à un autre soleil, Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, Je n'ai pas la vertu des femmes de marins, Dis, quand reviendras-tu, Dis, au moins le sais-tu, Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus... Les chansons d'amour, c'était les choses auxquelles je pouvais pas toucher, parce que c'était des chansons d'amour écrites par des hommes, et ce n'était pas comme ça que j'avais envie de parler de l'amour. Ce qui est assez logique. Donc je crois qu'un jour j'ai écrit... j'ai écrit des chansons d'amour, et je crois que la première chanson d'amour c'était Dis quand reviendras-tu ? Chanter, pour moi c'est une religion. Une religion d'amour, comme toute religion Je voulais une religion prendre le voile Si je n'avais pas chanté, sans doute j'aurais été bonne oeur ou putain. Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré Si, sol, do, fa Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré Si, sol, do, fa Oh mon amie, oh ma douce Oh ma si petite à moi Mon Dieu qu'elle est difficile Cette cantate sans toi Une petite prière La, la, la, la Avec mon coeur pour la faire Et mes dix doigts Une petite prière Mais sans un signe de croix Quelle offense, Dieu le père Il me le pardonnera Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré Si, sol, do, fa Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré Si, sol, do, fa Les anges, avec leur trompette La jouerons, jouerons pour toi Cette petite cantate Que nous jouions autrefois Les anges, avec leur trompette La jouerons, jouerons pour toi Cette petite cantate Qui monte vers toi Cette petite cantate Qui monte vers toi Ce qui il y avait de très, très beau chez Barbara, c'était son rire. Ses cascades de rire, je voudrais dire plutôt qui apportaient la joie. Et il y avait aussi l'écoute d'une bonne soeur ou d'une amie. Surtout d'une soeur. Une soeur qui savait rire, c'est rare. Mais si elle était ça, si elle était comme ça, c'est parce que aussi, elle était à l'écoute de tout pas seulement de ses amis mais de ceux qu'elle regardait ou ceux qui l'écoutaient dans le public. D'ailleurs ce public lui rendait bien, parce qu'il l'écoutait pendant des heures, et jamais il pouvait quitter la salle. Et c'est avec cette femme que j'ai partagé 40 000 … on a parcouru 40 000 kilomètres. Et moi, j'ai fait 150 restaurants, j'ai pris … j'ai pris vingt kilos, et j'ai rajeuni de trente ans avec elle. Voilà, c'était … c'était la femme qui rit … et la femme qui sait qui sait penser les douleurs des autres. Voilà. Femme attachante et souriante. Je crois je suis quelqu'un de très gai. En tout cas, autour de moi les gens rient. Ma façon m'oblige je sais pas. Pourquoi toujours que je suis triste, c'est pas vrai. Mais il m'apparaît en rien possible de traverser cette vie sans y voir le désespoir ..impossible...