Pour nous accompagner tout au long de cette émission nous accueillons l'une des femmes politiques les plus populaires de France Voici Rama Yade Bonsoir Rama Yade Bonsoir Vous avez passé votre enfance à Dakar puis votre jeunesse dans la banlieue parisienne à Colombes Ensuite, c'est Sciences Po, le Sénat, une carrière fulgurante qui vous amène au secrétariat d'État aux droits de l'Homme Vous n'avez alors que 30 ans Vous avez également été secrétaire d'État au sports On apprécie.. ou pas .. vos coups de gueule .. les plus fameux lors de la visite officielle à Paris de Kadhafi le 10 septembre 2007, si je me rappelle bien 'Le Colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant .. terroriste ou non .. peut s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort C'était joli, c'était préparé c'était écrit Ça sortait du cœur ? C'était préparé, oui C'était le produit d'une réflexion .. difficile Mais.. je pense nécessaire Nécessaire parce que La Libye .. de l'époque vivait des heures sombres .. et c'était le cas depuis 40 ans On torturait en Libye On faisait disparaître.. les gens On emprisonnait .. des hommes et des femmes parce qu'ils avaient osé s'exprimer On appliquait la peine de mort Le Colonel Kadhafi avait dit qu'il avait renoncé au terrorisme La communauté internationale l'avait cru Et donc..cherchait à le réintégrer Mais moi, je n'étais pas dupe parce que les exactions continuaient en Libye .. voilà Vous êtes vraiment fait taper sur les doigts, là Ça .. c'était chaud ? Oui.. c'était chaud, oui. Qui c'est qui … tape le plus sur les doigts ? Ça se passe comment ? On fait descendre comment la foudre ? Ben, vous êtes convoqué le matin à la lecture des journaux En fait j'ai d'abord allumé la radio comme chaque matin Et là.. j'ai vu que l'article qui reprenait ces propos était diffusé un peu partout dans les radios J'ai dû changé..j'entendais toujours la même chose, et puis.. j'entends la premier ministre qui est en Amérique latine à ce moment-là dire.. 'On s'occupera d'elle à notre retour' Puis..ensuite j'étais appelée par l'Élysée et puis j'étais convoquée.. par lÉlysée donc je suis allée... oui Pas tranquillement, non..parce que.. dans la salle d'attente, j'avais l'impression d'être dans la salle d'attente pour le dentiste puisque je savais que ça allait faire mal Et puis..  bon.. effectivement il y a une grosse colère, mais.. des collaborateurs sont venus du Président de la République pour exprimer cette colère Lui-même était plus .. comment dire .. ? Une fois le choc passé On sait qu'on laisse passer la foudre ? | Il a essayé d'expliquer qu'il y avait quand même des raisons de le faire, voilà On laisse passer la foudre.. ça … et après ça se recalme .. c'est comme on le pense ? On se dit.. c'est terminé Enfin, on se dit .. c'est.. voilà.. je vais prendre la porte et.. et.. cet fut une courte carrière On parle déjà au passé.. mais puis finalement On laisse passer la journée On attend une parole officielle venue des plus hautes instances qui .. voilà .. qui soit le couperet final et puis finalement, ce fut pas le couperet final Lorsque le Président s'exprimait, c'était pour .. pour dire que j'étais dans mon rôle Donc j'ai pousse un oof de soulagement C'était, comme on dit, un positionnement ? Qu'il fallait marquer le terrain, comme en sport, dès le départ, on monte sur le ring on impressionne l'adversaire, c'est ça l'idée ? Non, parce qu'au départ enfin, c'est quand même passé .. c'est en décembre 2007 Et c'est passé 6 mois depuis ma prise de fonction comme secrétaire d'État aux droits de l'Homme Et en 6 mois, il y a pas eu que la Libye il y a eu beaucoup de choses .. il y a eu la Chine il y a eu le Gabon Vous voulez dire, vous vous êtes tu longtemps avant d'éclater ? | Justement je veux dire que j'ai.. j'ai vraiment été très patiente J'ai essayé de faire des compromis .. de comprendre de pas faire des vagues .. de rester solidaire.. donc.. quand je craque au moment Kadhafi, c'est vraiment parce que.. voilà c'est arrivé au bout du truc, et puis surtout, plus sérieusement .. les droits de l'Homme, c'est .. comment vous dire.. ça relève du patrimoine national .. voilà c'est un patrimoine révolutionnaire de la Révolution française C'est un concept, un combat qui appartient à tous les Français C'est à dire que .. ce combat-là me dépassait Il ne s'agissait pas que de ma carrière personnelle Il s'agissait de préserver ce qui fait le rayonnement et la singularité de notre pays Et on était regardé .. pas seulement en France, mais aussi à l'étranger .. par les victimes des exactions, par les.. les ceux, dont les droits étaient violés Et donc, face à cela, moi, je ne pouvais pas être une secrétaire aux droits de l'Homme silencieuse ou .. soumise Il était important que la voix de la France dans ce domaine-là .. soit présentée .. voilà Je ne l'ai pas fait .. j'ai pas eu ce propos vis-à-vis du Colonel Kadhafi en pensant à moi parce que j'ai estimé que c'était terminé .. que j'allais être.. en gros.. virée Mais je l'ai fait au nom .. d'une certaine idée de la France .. voilà Quand il est venu à Paris pour.. toutes les cérémonies qu'on a connues .. dont on se rappelle vous l'avez croisé ?.. comme vous êtes dans le gouvernement ? Vous voyez, il avait des réceptions ou vous avez été ? De loin, vous l'avez vu de loin ? Non, je l'ai pas vu En gros.. il y avait un dîner, le soir de son arrivée Mais je n'y étais pas conviée Et puis..je ne l'ai pas croisé, non On m'avait dit que.. qu'il ne voulait pas atterrir en France à la suite de ce que j'avais dit et que son avion tournait autour du ciel parisien Et du coup, je pense que ça justifie amplement que j'ai pas été invitée au dîner