- Eh bien, alors? Vous allez par là? - Oui, je pars par là. - Dommage. - Eh, c'est la vie. - Allô? - Allô. - Ah, bonjour Mme Vercel. - Je dois parler à Julien immédiatement. - Ah, je suis désolée, madame, mais votre mari est allé à la chasse ce matin. ll est pas encore arrivé à l'agence. - ll a bien choisi son jour. Mademoiselle, vous allez vous rendre à ma banque, prendre un carnet de chèques et me l'expédier à Nice, hôtel Garibaldi, chambre 81 3. Vous allez... - Mais je ne vois pas comment je peux m'absenter pour le moment parce que je suis seule à l'agence. Puis de toute façon je n'ai de procuration que pour le compte de votre mari. - Ah ne commencez pas à chercher des mauvaises excuses. - Je vous rappelle que la dernière fois que je suis allée à la banque demander votre relevé de compte, ils ont refusé et que le fondé de pouvoir m'a dit carrément d'aller me faire cuire un œuf. - L'argument ne tient pas debout. Je me plaindrai à mon mari. - C'est le moment où jamais, il vient d'arriver, je vous le passe. C'est Mme Vercel! Vite. Venez. Je vous la passe. J'espère que vous entendrez mieux que moi, il y a un bruit de fond épouvantable, on dirait des trompettes et puis Mme Vercel est survoltée si vous voyez ce que je veux dire. - Oui, c'est vrai, on entend comme des trompettes. Allô, Marie-Christine? - Écoute Julien, c'est scandaleux Cette gourde... - Écoute! Marie-Christine, ne monte pas sur tes grands chevaux. - ll faut que je reste à Nice. - Comment ça tu dois rester à Nice? - Oui. Trois jours. - Encore trois jours? - Oui. J'ai besoin de fric. - Je t'envoie un carnet de chèques. Écoute, tu pourrais être plus aimable avec ma secrétaire. - Ah, cette fille...! - Pourquoi tu l'appelles tout le temps ''cette fille''. Elle a un nom. Elle s'appelle Barbara. - Elle m'a dit d'aller me faire cuire un oeuf. - Comment? Un oeuf? - Oui, oui, oui. - Elle t'a dit ça? Alors tu as eu raison. Pourquoi vous avez insulté ma femme? Vous n'aviez pas à lui dire d'aller se faire cuire un œuf. - J'ai jamais dit ça. - Elle est nerveuse, mais elle n'aurait pas été inventer une chose pareille. - Eh bien, elle l'a inventée. - En tout cas, elle s'entendait très bien avec mon ancienne secrétaire. - Écoutez-moi, monsieur Vercel, votre prochaine secrétaire, faites-la choisir par votre femme, ce serait préférable pour tout le monde. - Eh bien, ma prochaine secrétaire, elle commencera ici dans un mois! - Le Provençal? Je voudrais le service des petites annonces. Je cherche une secrétaire connaissant la dactylo et la sténographie et je voudrais aussi qu'elle ait une bonne connaissance de l'anglais. C'est pour commencer dans un mois. Oui. Sérieuses références exigées. C'est bien ça. Situation de famille? indifférent. - Demandez une fille de l'assistance publique, elles en ont vu d'autres et elles n'osent pas se plaindre. - M. Vercel, s'il vous plaît. - Oui, c'est moi. - Le commissaire Santelli veut vous parler. - Le commissaire Santelli? - Commissaire Santelli. - Julien Vercel. - Mon adjoint Jambreau. - Monsieur. - Vous avez fait bonne chasse ce matin? - Oh non. Je suis retourné bredouille. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi je vais à la chasse, ça m'intéresse de moins en moins. - Vous n'avez rien vu d'anormal? - Non. À un moment, j'ai entendu deux coups de feu incompréhensibles. Le deuxième coup de feu cinq secondes après le premier comme si on voulait achever un canard blessé, simplement il y avait pas de canard. - Pas de canard, mais un chasseur qui a eu la tête tellement écrabouillée que c'est grâce à son permis de chasse qu'on l'a identifié. - Massoulier, il est mort? - Comment savez-vous qu'il s'agit de Massoulier? Je n'ai même pas prononcé son nom. - J'ai reconnu sa voiture en quittant le terrain. Il était pourtant pas maladroit, Massoulier. il chassait depuis 10 ans. - C'est peut-être un suicide. - Oh, c'était pas un type à se suicider. Son frère est curé à Draguignon. - Bah, ça veut rien dire. Monsieur Vercel? - Oui? - Ça vous ennuie si je pars un peu plus tôt ce soir? - Euh... - Bon, bien de toute façon, même si ça vous ennuie, c'est pareil parce que d'après la convention collective, j'ai le droit à deux heures par soir pour chercher un nouveau travail. Au revoir. - Allô? C'est encore moi. C'est très mal élevé de raccrocher sans dire au revoir. Allô?! Vous allez encore me raccrocher au nez. - Non, non, madame. Euh... attendez une minute, je... je vais baisser le son de la télévision. Voilà, je vous écoute, madame. - Vous êtes un assassin. Vous avez tué M. Massoulier par jalousie. Tout le monde savait qu'il était l'amant de votre femme. Enfin, même ses amants... - Vous savez, madame, que je pourrais vous attaquer en justice? - Vous avez fait ça par jalousie. Et moi, je sais ce que c'est la jalousie, ça déchire le ventre! Votre femme allait avec Pierre, Paul, Jacques et tutti quanti. - Écoutez, madame, pourquoi-- - Demandez-lui où est passé le service en argent que le club de chasse vous a offert pour votre mariage. - Qui êtes-vous? - À votre place, je me suiciderais. - Si votre femme est un prix de vertu, demandez-lui où est passé le service en argent que le club de chasse vous a offert pour votre mariage. - Qui êtes-vous? - À votre place, je me suiciderais.