C'est la première fois que je sauve quelqu'un. Mais c'est pas la première fois qu'en voulant rendre service, ça se termine en catastrophe. Vous avez déjà sauvé quelqu'un à la place d'un autre ? Non, c'est la première fois que je sauve quelqu'un, mais c'est pas la première fois que voulant rendre un service, ça se termine en catastrophe. Une fois à la banque, j'avais trouvé le portefeuille d'un client. Le soir, je l'ai amené à sa femme. Malheureusement, dans le portefeuille, il y avait une lettre qui n'était pas du tout pour sa femme. Alors, on a perdu le client. Enfin, j'espère qu'après ce qui vous est arrivé ce matin vous serez guéri. Ah, j'ai bien peur que non, je suis ainsi fait. J'éprouve toujours le besoin de rendre service. Et tout de suite je suis en train de chercher ce que je pourrais bien faire pour essayer de rattraper ma bêtise. Alors là, je vois pas très bien ce que vous pourriez faire. Que voulez-vous, si c'est raté, c'est raté. Ah, je m'en veux, je m'en veux. Mais si j'avais su, je n'aurais pas venu vous voir, comme ça j'aurais gardé mais illusions. Mais au fait, c'est vrai ? Pourquoi êtes-vous ici ? Ah, oui. Je suis venu vous demander si vous pouviez pas m'écrire un petit mot d'excuse pour mon chef. Parce que, je suis employé à la BLDI.... Je sais, je sais. .... à l'agence H. Oui, je sais, vous l'avez dit ce matin aux journalistes. Alors, si vous pourriez m'écrire un petit mot, ça serait gentil. Je vais vous écrire ça tout de suite. Vous appelez comment, déjà ? Roussel, Auguste. Parce que mon chef, c'est pas qu'il soit méchant, seulement il aime les services services. Pardon. Permettez, pardon. Et il a raison, parce qu'un chef, sitôt qu'il est un peu faible, après, tous les employés, ils en abusent. Alors, comme j'avais dit que j'arrive avant midi ... j'ai éternué, j'ai des frissons. Ca va comme ça ? On va regarder ça, merci. Je soussignée Françoise Martin reconnaît que M. Auguste Roussel, c'est courageusement jeté ... Ah... c'est gentil d'avoir écrit courageusement, d'autant plus que vous ne pensez pas. Ça me coûte pas plus cher. Vous mettez deux 'r' pour courageusement. Il ne faut pas ? Moi je mets qu'un. Dans la vie chacun fait ce qu'il veut. Chacun fait ce qu'il lui plaît. Comme ça votre chef ne vous fera pas reproche. Mieux encore - je vais être affiché au table d'honneur, à la BLDI. Acte de probité et de civisme du personnel. J'ai déjà été affiché une fois. Pour le coup du portefeuille. Mais il m'en a enlevé le soir même, à cause de la perte du client. Et maintenant je vais être affiché pour un faux sauvetage. Je ne peux pourtant pas leur dire que c'était une mise en scène. Oh non, ça il vaut mieux pas. Ils pourraient pas comprendre. Voilà. Au revoir, Mademoiselle. Au revoir. Vous m'en voulez toujours autant ? Un petit peu, oui. Votre stylo. Merci beaucoup. Je tiens à vous dire avant de partir que si j'ai plongé c'est pas simplement pour montrer que je savais nager. Ah, non ? Et alors, pourquoi ? C'est parce que quand je vous avais vue enjambée le parapet j'ai dit que, voilà une jeune femme qui est trop jolie pour mourir. Mais Monsieur Roussel, mais c'est gentil. Vous n'en avez pas l'air, mais vous savez parler aux femmes. C'est là la première fois qu'on me dit ça , alors. C'est vrai - vous m'en voulez moins ? Vous êtes tellement sympathique... Je crois vous en vouloir plus maintenant. Mais j'ai envie de vous poser une question. Pourquoi voulez-vous tant être connue ? Mais - pour faire du cinéma ! Ah, mais moi, j'ai cru que d'abord on fait du cinéma et qu'on est connu ensuite. C'était ainsi autrefois, mais tout a changé maintenant. Pourquoi vous donnerait-on un rôle si personne ne vous connaît ? Ah, oui. Ça c'est évident. Et pour vous le cinéma... ...c'est une vocation. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est une vocation. Si. Moi, quand j'étais petit, j'avais une avocation de vouloir être un soldat. Parce que dans notre salle à manger j'ai passé ma vie à déjeuner devant mon grand-père. Il était encadré en face de moi. Il était un soldat. Un bel uniforme - altier. Il était zouave. Comme celui du Pont de l'Alma ! Ah, de Pont de l'Alma, toutes les fois que je vais y passer Je penserai à vous avec des remords. Avec plaisir aussi, j'espère. Bien sûr. Et j'y passe quatre fois par jour. Voilà. Je ferais n'importe quoi pour me faire pardonner. Voilà. Au revoir, mademoiselle. Mais, vous tremblez. Ah, c'est rien. C'est de froid, comme Bailly Bailly ? Bailly. Un savant. Pendant la Révolution il était maire de Paris. Alors pour la peine on lui a coupé la tête. Alors, devant l'échafaud le bourreau comme ça, pour le narguer, il a dit Tu trembles, Bailly ! Il a répondu, C'est de froid !