Je vous adore. Assez, monsieur, allez-vous bientôt me laisser tranquille ? Jamais. Oh, c'est trop fort. Je vous aime. Vous êtes la femme de ma vie, je vous aime et je vous aurai. Oh, vous êtes un fou. Non, je suis un amant. Pas mien. Pas encore. Vous ne le serez jamais. Comment savez-vous ? J'en suis certaine. Alors ne dites donc pas ça. Pourquoi ? Parce que vous êtes une femme. Et alors ? Alors, alors, une femme ne doit jamais dire il est certain que je ferai ceci? Elle peut tout juste dire il est certain que je ferai probablement ceci. Vous êtes encourageant. Je suis sincère et bouleversé. Pourquoi ? Par vous. Je vous adore. Mais vous ne me connaissez pas. Et alors, et alors ? Est-ce qu'on ne s'aime pas toujours avant de se connaître ? D'ailleurs, c'est parce qu'on ne se connaît pas qu'on s'aime. Vous êtes encourageant. Et d'ailleurs je vous connais très bien. Ah ? Ah oui. Il s'est passé entre nous ... des choses. Je les ai oublié ! Eh bien je vous les rappellerai. Priez-moi de m'asseoir. Non ! Ça n'a pas d'importance, je vous les rappellerai debout. Du monde - beaucoup de monde, dans une salle, une grande salle, cinq mètres de haut, cinq cent personnes qui parlent qui crient, qui se bousculent, qui étouffent, qui achètent ... quoi ? Des coussins, des tableaux, du chocolat, des pinces à sucre, de tout. C'est une vente de charité au profit d'une œuvre. 'Le trousseau des vieillards. ' Dans le salon d'un ministère. Vous êtes là, moi aussi, vous prenez des parfums, moi un petit cendrier. 750 francs, je me rappelle tout de même les prix vous voyez. Mais soudain, c'est un remous de foule. Le ventre d'un ecclésiastique s'incruste à votre taille, et nous sommes pressés l'un contre l'autre. Il n'en faut pas plus que vous me regardiez. Vous faites Ahh ! et vous tombez dans mes bras. C'était la chaleur. Je me trouvais mal. Ah du tout, du tout. Vous vous trouviez très bien. Ca se voyait à vos yeux. Ils étaient clos, ils était clos mais béats. Je vous avez troublé. Vous ? Ça ne m'étonne pas que je trouble. J'ai toujours troublé les femmes. A trois mois déjà j'avais une façon de prendre le sein qui troublait ma nourrice. Elle faisait Ahhh ! Et elle me donnait l'autre. Quelques années ont passées mon pouvoir a resté le même - je trouble. Tout le temps, tout le temps. Et je l'avoue, ça m'émeut ! Cette fois encore je fus ému. Vous tenir là, pâmé dans mes bras. Une immense pitié m'envahit. Je fendis la foule, je franchis la porte, le trottoir, la rue Une pharmacie s'offrait. J'y bondis, sels anglais, vinaigre, on claque dans la paume. Un quart d'heure et vous veniez à moi. A moi. Mettons, c'est moi qui est venu à vous, déjà. Je vous demandai votre adresse. Et vous me la donnâtes. Vous reconnaissez que vous me la donnâtes. C'était pour me reconduire. Pourrais-je vous laisser rentrer seule après une pareille émotion ? Bref, ça fut un taxi, et vous y montâtes. Vous reconnaissez que vous y montâtes ? Je vous croyais un galant homme. Je suis un homme galant. Ce n'est pas la même chose ? Ah, c'est mieux. Ah, vous trouvez ? Mais enfin monsieur, vous m'avez embrassé. Sur les lèvres, je n'oublie pas. Moi non plus. Et c'est pourquoi j'ai décidé de ne plus vous voir jamais. Et pour moi c'est pourquoi j'ai décidé de vous voir toujours. Et c'est moi qui eut raison. Un mois s'est écoulé depuis le Trousseau des Vieillards, qui a décidé de ma vie, et durant ce mois nous nous sommes rencontré chaque jour. Et voilà de quoi vous vous vantez. Vous me filez, vous m'espionnez, vous passez des heures sous mes fenêtres. C'est exact. Vous ne pourriez prendre une rue sans me croiser. Monté dans votre voiture sans que je vous suive dans la mienne, louer une loge de théâtre sans que j'occupe la loge voisine, dîner dans un restaurant sans qu'en face de vous je mange des plats que je n'aime pas toujours, mais qui sont toujours ce que vous avez choisis. Oh vous êtes désespérant. Non, je suis amoureux. M'en voilà, si. Bonsoir, monsieur. Bonsoir, madame. Vous êtes très aimable. Je vous remercie, bonsoir, madame. ....Bonsoir, je suis là, bonsoir. Et puis vous ne pouvez être amoureux de moi. Oh ! Je ne pense qu'à vous, je ne rêve que de vous . Mon appartement et peuplé de vos portraits. Lesquels ? Des photos que j'ai prises. Quand ? Tous les temps, tous les jours. J'en ai de vous de dos, de face. J'en ai de vous achetant un journal, parlant avec votre mari, il est de dos, heureusement. J'en ai une de vous aux Acacias qui est extraordinaire. Vous souriez, vous êtes exquise. Je vous ai fait grandir, comme ça, grandeur nature, presque. Enfin presque grandeur nature. Quand je suis seul à table, chez moi, on ajoute un couvert. Je dîne avec vous. Et quand je me mets au lit, le soir, avant de m'endormir, je vous pose sur l'autre oreiller, je couche avec vous. Non, mais enfin, monsieur, je vous le défends absolument ! C'est un viol !. Oh, si c'est un viol, c'est un viol en effigie. Ça ne me suffit pas. Au contraire. Alors, savez-vous ce que je fais ? Je m'installe en face, au quatorze, sous la voûte, j'ai un petit pliant, j'ai un tout petit pliant, la concierge me garde. Brave femme... Et patiemment je attends que vous sortiez. Aussi depuis quatre jours, ai-je pris le parti de ne plus sortir. Aussi, depuis ce matin ai-je pris le parti de m'entraîner Et ça vous avance ? Ça m'avance à vous voir, à vous entendre, à vous parler. Mais qu'avez-vous à me dire ? Que je vous aime, et que je vous aurai. Non, monsieur, je vous prie de sortir. Déjà ? Ne plaisantez pas, l'entretien a suffisamment duré Ah, je ne plaisantes pas du tout. Oh, faut-il que je sonne... J'ai besoin de rien, je vous remercie. Moi j'ai besoin de repos ! Enfin, voulez-vous sortir ? Écoutez-moi. Demain j'aurai trouver une autre moyen d'entrer. Oh non, c'est trop fort. Bonsoir, monsieur. Bonsoir, madame. Merci beaucoup. ... Je suis là, merci. Oh...voilà, je ne me débarrasserai jamais de vous. Non, ça. Ça, il faut vous faire une raison, jamais. Non. Comment vous appelez-vous ? Mon nom ? Oh... pourquoi faire ? Je suis l'amant. Oh...deux fois, voulez-vous sortir ? Vous me chassez ? Oui, monsieur. Bonsoir Annette Ah, voilà mon mari. Il arrive bien. Votre mari ? Oh rassurez-vous, il ne me verra pas. Mais si, mais si, justement. Moi, le monsieur du taxi, mais vous seriez morte de honte ! Vous êtes un valet de chambre qui est présent Oui, et si je lui plaît ? Et s'il m'engage ? Non, madame, je suis l'amant, je vais me cacher. Mais je vous défends... Veuillez m'avertir quand Monsieur Thomas sera sorti. Je filerai fut-ce par la fenêtre. Pour l'instant, je me cache. C'est mon rôle, je suis l'amant, je me cache. Oh, il est insupportable, ce garçon !